Et en date du 18 août, ils étaient déjà plus de 1500 visiteurs à en avoir pris connaissance. Le concept muséologique de l'exposition a été élaboré par la firme Cinémanima. Misant autant sur l'approche didactique qu'interactive, l'exposition qui occupe la nef de l'ancienne église de La Ferme peut informer adéquatement en une visite guidée d'une heure ou en profondeur lors d'un séjour autonome d'au moins une demi-journée.
En mettant les pieds dans le centre, après avoir acquitté son droit de visite au poste d'accueil, le visiteur est immédiatement introduit dans l'histoire… avec un grand H. On y explique les événements qui ont conduit au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, avec l'assassinat de l'archiduc d'Autriche, François-Ferdinand.
L'un de 24 camps
Le Canada, alors allié de la Grande-Bretagne, se joint à l'effort de guerre. Il crée notamment 24 camps de détention au Canada, dont quatre au Québec. On y enferme les étrangers de nationalités ennemies. Le camp de Spirit Lake est mis sur pied en 1915 et est l'un des deux seuls au Canada (avec celui de Vernon, en Colombie-Britannique) à posséder un petit village attenant (Lilienville) où vivent les familles des prisonniers.
À Spirit Lake (le nom vient d'une légende amérindienne selon laquelle le lac La Ferme, devenu Beauchamp, était hanté par des fantômes), on a emprisonné surtout des Ukrainiens (1220), mais aussi une centaine d'Allemands, des Bulgares et des Turcs. Le choix du lieu n'est pas un pur hasard. À l'époque, l'Abitibi est pratiquement vierge (Amos a été fondée en 1914), particulièrement isolée et les hivers y sont très rigoureux.
«Durant les deux hivers du camp, il y a eu beaucoup de neige et des températures oscillant entre -35 et -45. La plupart des prisonniers qui ont tenté de s'évader sont revenus d'eux-mêmes», raconte Louise Filion, adjointe administrative de la Corporation Camp Spirit Lake.
La vie au camp
Puis, le visiteur entre au camp, avec des barbelés et des clôtures comme décor. Il y découvre l'aménagement des lieux physiques, mais aussi le village attenant, qui était à 1,6 km du camp. Un panneau énumère le nom de tous les prisonniers qui ont été internés à Spirit Lake. Plusieurs photos et artéfacts rendent compte de la vie au camp. Les fouilles d'Arché 08 en 1999 ont permis de déterrer beaucoup d'objets sur le site de l'hôpital du camp, dans le secteur où l'on retrouve aujourd'hui le sanctuaire marial.
Question de replonger le visiteur dans l'époque, un logiciel interactif lui permet de se mettre dans la peau d'un citoyen de l'époque et de faire des achats. On lui dit ensuite combien cela a coûté et combien de jours il lui a fallu travailler pour acquitter la facture.
Le visiteur apprend aussi le rôle qu'a joué Hector Authier, premier maire d'Amos, dans l'implantation du camp. Et son apport dans l'économie amossoise. L'histoire du prisonnier évadé qui a été abattu à Colombourg, dans le secteur de La Sarre (Ivan Hryhoryshchuk), par un agriculteur est aussi documentée. Tout comme l'importance du chemin de fer, avec un décor évoquant la voie ferrée.
Place à La Ferme
L'exposition s'ouvre ensuite sur un volet documentation, où l'on retrouve beaucoup d'information sur la Première Guerre mondiale et les camps de détention. Et tout se termine avec la fermeture du camp, en 1917, avec le transfert des prisonniers à Kapuskasing et le démantèlement complet des infrastructures.
Le visiteur y découvre l'existence du cimetière de Spirit Lake, lequel n'est plus accessible au public depuis de nombreuses années. Puis, un volet est consacré à la fondation du village de La Ferme, à la ferme expérimentale, etc.
Le Centre d'interprétation du camp de détention Spirit Lake est ouvert au public sept jours par semaine, de 9h à 17h, jusqu'au 4 septembre. Il sera ensuite possible de le visiter sur réservation.

