MONTRÉAL - Le vent de gauche qui souffle sur le Canada suscite des réflexions chez les militants et les travailleurs issus des milieux communautaires.
Au déclenchement de l'élection, plusieurs s'attendaient à peu de changements et à des résultats qui calqueraient la composition de la Chambre des communes lors de la dissolution. Jean-Yves Joannette, qui milite à la Table des organismes volontaires en éducation populaire (TROVEP) croit que la campagne électorale a permis de remettre certaines idées en perspective, notamment quant à la présence de forces progressistes ailleurs au Canada.
Selon lui, au cours des deux dernières années, même les partis de centre s'orientaient vers la droite, en indiquant qu'il s'agissait d'une volonté populaire. La vague qui semble se répandre relativise cet argument, sans déplaire à M. Joannette.
Pour Nathalie Rochefort, consultante en intégration sociale et impliquée dans le milieu communautaire, cette nouvelle polarisation des derniers droits de la course, pave la voie à un grand ménage sur la scène politique. Elle croit que de nouvelles idées émergeront, issues d'une autre génération.
Elle juge aussi que l'élection aura peut-être aussi permis de soulever un intérêt chez le citoyen, qui s'était érodé à la suite des élections répétitives. La montée du NPD risque de se traduire par une motivation pour les gens de s'impliquer et d'aller voter.
Le clan souverainiste devrait lui aussi opter pour un changement de paradigmes selon Amir Khadir, député de Québec solidaire. Il parle d'un examen à faire au sujet des stratégies à adopter, mais soutient qu'une mixité d'élus du Bloc et du NPD pourrait même être bénéfique pour le Québec, parce que les voix pourront se faire entendre sur un plus grand nombre d'enjeux.
«Que les gens votent pour des partis progressistes comme le Bloc québécois et le NPD, je crois que nous en serons très bien servis, pour avoir une variété de stratégies pour le peuple québécois à Ottawa», estime le député de Québec solidaire.
Cette redéfinition ne se fera pas sans heurts, selon Jean-Yves Joannette.
«La semaine prochaine, il faudra vivre avec les résultats et que le mouvement nationaliste se repense en fonction d'éléments progressistes. Cette campagne est venue brasser beaucoup de choses», considère le militant.
Et alors que le changement domine les conversations, Nathalie Rochefort parle d'un équilibre à maintenir et à rechercher.
«C'est beau d'avoir des valeurs sociales et un engagement, mais je suis aussi consciente qu'il y a des factures à payer. On doit avoir des programmes adaptés, des ressources nécessaires pour le faire, de l'aide politique pour régler des dossiers, mais pour investir dans tout ça, il faut de l'argent qui entre quelque part», a-t-elle voulu nuancer.
Ancienne députée libérale provinciale, de 2001 à 2003, elle croit en un nécessaire changement de garde, étrangement incarné par un politicien empreint de nouveauté.
«On a l'impression que Jack Layton est un jeune politicien et pourtant, il a de l'expérience et des cheveux blancs, mais il est dynamique et près des gens. C'est un vent de fraîcheur qui ramène une certaine «Foi» en la politique. Le droit de rêver, mais avec logique», ajoute Nathalie Rochefort.
Au-delà de l'urne, le discours risque aussi de changer dans les perceptions et à la scission qui a divisé l'est de l'ouest du Canada.
«Le Canada, ce n'est pas juste les mesures de guerre, c'est aussi la loi sur la santé, les programmes sociaux, la spécificité canadienne. Il faudra repenser nos alliances. Le mouvement des femmes a commencé à le faire, le milieu syndical aussi. C'est quand même surprenant qu'au Québec, les progressistes ont développé des liens entre les Européens et les Africains et pas avec ses voisins canadiens», constate Jean-Yves Joannette.
La position des progressistes et de la frange de gauche n'a toutefois pas tant changé depuis 2008. L'idée est toujours de contrer une orientation politique de droite, à la différence que cette fois, d'autres variables font partie de l'équation, mais la cible reste la même.
«Qu'on arrive à rééquilibrer un rapport de force ne peut qu'être bénéfique pour tout le monde, en commençant par la démocratie. On ne peut continuer de refuser de répondre aux questions comme l'a fait le gouvernement Harper», a fait remarquer Jean-Yves Joannette.

