« Le développement du support privé est essentiel au Québec, qui possède un des taux de mécénat et de charité le plus bas des pays dits développés », estime Patrick Mathieu.
(Photo: Éric Carrière)
Un mécénat qui marche !
Patrick Mathieu a décidé de se passer de l’aide gouvernementale pour offrir son conte musical à succès aux écoliers du Plateau. Le fondateur de la compagnie Opéra/théâtre Voxpopuli, résidant de la rue de Lanaudière, a plutôt été voir les gens d’affaires du quartier. Surprise ! Ils ont embarqué comme un seul homme.
Avant les fêtes, près de 6000 écoliers fréquentant 17 écoles primaires du Plateau et de Centre-Sud pourront assister gratuitement au spectacle La chèvre de monsieur Seguin, monté en 2006 avec l’Opéra de Montréal.
Ce tour de force est réalisé sans la moindre subvention. Les porteurs, ce sont les quelque 300 commerçants du quartier qui ont répondu à l’appel de Patrick Mathieu dans le cadre de son projet « Quartier – école – culture » pour défrayer le coût des billets des enfants.
Le créateur de l’opéra jeunesse s’est lancé à temps plein dans le projet en mai dernier. Depuis six mois, il y travaille comme un fou. « L’idée de départ était de lancer quelque chose d’indépendant du système public, dit-il. Le but est de rendre obligatoire la consommation de la culture dans les écoles ! »
Cet ancien employé du Conseil des arts de Montréal en a long à dire sur le financement de la culture. « L’argent est mal distribué. Avec ce projet, on va faire bouger les institutions », croit-il.
Pour des activités culturelles haut de gamme
Et il y a fort à faire dans le Plateau. Dans le quartier réputé comme un des plus branchés d’Amérique du Nord, la culture est encore loin d’être accessible à tous.
« Un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté dans l’arrondissement. Or, à part les écoles Le Plateau et Face, à vocation artistique, la plupart des autres établissements n’ont pas accès aux programmes d’aide du gouvernement pour la culture, car elles ne sont pas considérées comme défavorisées. Il y a donc très peu de budget pour des activités culturelles haut de gamme, et les parents sont déjà très sollicités », dénonce le musicien.
L’originalité du projet consiste à associer la collectivité à des projets artistiques de qualité pour les mettre à la portée des jeunes d’âge scolaire. « On veut montrer qu’on peut offrir autre chose que de la culture fast food », souligne Patrick Mathieu.
Les résultats de l’expérience sont encourageants. Les commerces et entreprises sollicités ont donné chacun en moyenne 130 $. Les commandites totalisent plus de 40 000 $ en argent et en services. « On est épaté tous les jours. Un commerçant sur trois a embarqué. Les gens d’affaires donnent par conviction, pour la qualité de notre société. Ils ne sont pas juste intéressés à faire de l’argent. »
Étendre le projet à tout le Québec
Le spectacle sera présenté du 12 au 22 décembre dans l’auditorium prêté par l’école Le Plateau pour les 9 représentations. Les écoles Saint-Louis-de-Gonzague et Marguerite-Bourgeois ouvriront le bal. Les parents recevront bientôt une lettre expliquant le concept ainsi qu’un autocollant promotionnel. Les commerçants participants seront invités à l’afficher dans leur vitrine. Ils bénéficieront également de visibilité grâce à un bottin consultable et téléchargeable sur Internet
www.operavoxpopuli.com).
Ce projet pilote aura valeur de test. Dans une seconde étape, le but est de garantir chaque année au moins un spectacle musical, un de théâtre et un de danse pour chaque enfant du Québec.
« Le développement du support privé est essentiel au Québec, qui possède un des taux de mécénat et de charité le plus bas des pays dits développés. Ce développement est important également pour démontrer à nos instances publiques qu'il est faux de prétendre que la culture et la véritable éducation ne sont pas des priorités pour les citoyens ordinaires. La preuve : nous en avons trouvé 300 qui ont trouvé cela assez vital pour nous confier leur argent », conclut Patrick Mathieu.
Adaptée de l’œuvre d’Alphonse Daudet, La chèvre de monsieur Seguin a été le choix du public pour la tournée du Conseil des arts et finaliste pour le prix Opus. Sur une mise en scène originale signée Paul Buissonneau, le spectacle a tourné en Amérique du Sud, et a été traduit en anglais, en espagnol et en portugais.