Richard Boivin, croqué devant la sculpture monumentale de Roger Langevin, Les travailleuses et travailleurs, qui se dresse déjà devant l'édifice de la CSN, avenue DeLorimier.
(Photo: Courtoisie)
DeLorimier et Godin: Histoire d'une réincarnation
Louis-Joseph Papineau réincarné en René Levesque et le Chevalier de Lorimier en Gérald Godin. L'idée peut semblée loufoque. Richard Boivin l'aborde avec le plus grand sérieux dans La Mémoire des âmes, un roman historique qui se penche sur l'histoire du Québec et son avenir en tant que pays.
Directeur d'école pendant 28 ans dans la région de Québec, Richard Boivin est un féru d'histoire fasciné depuis son adolescence par le thème de la réincarnation. Il a allié ces deux passions dans un ouvrage paru en avril dernier aux éditions Louise Courteau.
Sur une toile de fond historique authentique, qui débute à la période des Patriotes, l'auteur joue à imaginer la réincarnation de trois personnages importants de cette époque dans des personnalités contemporaines de l'univers politique et littéraire québécois. Louis-Joseph Papineau, chef du Parti patriote, devient René Lévesque, le Chevalier DeLorimier, pendu le 13 février 1839, se réincarne dans l'ex-député de Mercier Gérald Godin, tandis que son épouse, Marguerite-Henriette Cadieux de Courville, trouve son karma en Pauline Julien, compagne du journaliste, poète et politicien ancré dans le Plateau Mont-Royal.
«La réincarnation est une idée qui me tenaille de puis 50 ans. Sans y croire à 100 %, cela m'interroge beaucoup», indique l'auteur. Pourquoi cette fascination ? «On n'a pas assez d'une seule vie pour faire tout ce qui nous intéresse», répond-il.
Le Gérald Godin du livre serait donc selon l'auteur une version améliorée de De Lorimier, puisque selon la théorie du karma, l'individu est sensé s'améliorer à chaque réincarnation. «Godin a poursuivi l'œuvre de DeLorimier par les mots. Le chevalier a laissé une correspondance considérable. Il avait une belle plume. Son habileté à manier les mots a contribué à le faire percevoir comme un leader. C'est pour cela qu'il a été pendu», explique l'auteur. Il dresse un parallèle avec le député de Mercier, qui a abondamment utilisé les mots, et notamment la poésie, pour faire avancer la cause du Québec.
L'ouvrage, qui repose sur des bases historiques, est le fruit de deux ans de travail et de recherches. L'auteur s'est inspiré de biographies et d'extraits d'entrevues pour imaginer des dialogues, comme cette entrevue de Gérald Godin avec la journaliste Louise Bombardier, après son opération pour une tumeur au cerveau.
Le livre se termine sur la préparation du prochain karma des protagonistes. En qui se réincarneront-ils ? L'auteur n'a pas donné de réponse. Il croit cependant que le projet de souveraineté n'est pas mort au Québec et que son personnage central sera une femme. «Tout laisse présager que le 21e siècle sera celui de la femme. On est mûrs pour avoir une femme à la tête du pays», estime l'écrivain.
Cette réflexion sur l'histoire participe chez l'auteur d'une démarche très personnelle sur le sens de la vie. En 1996, alors directeur d'une école primaire, il écrivait un essai sur le stress chez l'enfant, suivi d'un autre sur le même thème, mais chez l'adulte. Au tournant de la quarantaine, il s'interroge sur sa façon d'être au monde et écrit le roman initiatique La vie de renard. Ces préoccupations l'amènent à étudier la relaxation puis plus tard l'homéopathie. Il est actuellement vice-président du syndicat professionnel des homéopathes du Québec, qui regroupe près de 300 membres. Après le «qui suis-je», sa réflexion l'a porté vers le d'«où viens-je», illustré par le roman qui vient de paraître. La prochaine étape, où vais-je, trouvera écho dans un conte qui est en cours d'écriture.
(Photo: Courtoisie)