Originaire de Chicoutimi, Janick Tremblay habite depuis une dizaine d'années sur la rue Fabre.
(Photo: Jacques Pharand)
L'après Poly vu de la rue Fabre
La rue Fabre inspire bien des auteurs. Après Michel Tremblay, qui y a campé ses Chroniques du Plateau Mont-Royal, Janick Tremblay - aucun lien de parenté- y place l'action de son troisième roman, Le Bonheur est assis sur un banc et il attend.
Le sujet aurait pu être lourd: Comment la tragédie de Polytechnique a marqué la vie de certains de ses survivants. Janick Tremblay évite cependant de verser dans le drame en campant l'action de son livre parmi les locataires colorés d'un triplex du Plateau.
L'auteure a gardé tous les noms des lieux que ses personnages fréquentent, la boulangerie, le resto du coin. Quiconque fréquente le quartier retrouvera ses marques. L'écrivaine a emménagé il y a une dizaine d'années sur la rue Fabre. Comme un des personnages principaux du livre, elle y possède un immeuble à logement. Comme elle, aussi, elle a le don pour établir des relations de complicité avec ses locataires.
Après un roman à caractère historique consacré à Julie de Saint-Laurent, l'ancienne enseignante native de Chicoutimi revient à la littérature de fiction. L'histoire puise cependant ses racines dans un fait réel: la tuerie de Polytechnique.
«Cela faisait longtemps que je m'interrogeais sur les hommes qui ont vécu ces événements. On a beaucoup parlé des répercussions sur les femmes, mais très peu des conséquences sur les étudiants gars», indique Janick Tremblay. En se penchant sur les suites de la tragédie, elle a découvert que plusieurs jeunes hommes s'étaient enlevé la vie après la tuerie.
Vincent était assis dans la classe quand le tueur fou est entré et s'est mis à tirer systématiquement sur les filles. Accablé par le poids de la responsabilité, le jeune homme est devenu incapable de vivre avec le sentiment de lâcheté qui le poursuit.
Sans donner de signes de son désarroi, il se tue d'un coup de carabine. Une lettre qui expliquait son geste arrivera 13 ans plus tard pour raviver la blessure chez ses proches, mais aussi pour répondre aux nombreuses questions restées sans réponse.
Dans l'immeuble que Vincent avait acheté avec son père dans le but de le rénover, et où ses parents habitent toujours, les locataires captent des bribes du drame passé qui flottent sur les lieux et en intègrent des morceaux à leur propre vie.
La violence enfouie ressurgira au moment où l'on s'y attend le moins, dans le calme après-midi de la préparation d'une fête d'anniversaire, quand la mort refera son apparition brutale chez le dépanneur du coin.
L'auteure évoque avec délicatesse les sentiments qui animent les survivants après le suicide d'un proche: vide, incompréhension, culpabilité. «Les gens qui restent doivent continuer à vivre avec cela», résume-t-elle. L'enseignante a été elle-même marquée par le suicide d'un de ses étudiants âgé de quinze ans. «C'était un élève brillant, il avait des yeux bleus pétillants. Cela m'a complètement défaite», raconte-t-elle.
Le style de Janick Tremblay, vivant, imagé et concis, s'adapterait fort bien à l'écriture d'une série télévisée. L'auteure travaille d'ailleurs actuellement sur un scénario de film. Elle a également traduit une pièce du metteur en scène Paolo di Paola, Soleil rose, qui sera présentée le 19 mai à l'Espace Geordie, 4001, rue Berri. Enfin, elle travaille avec le cinéaste et auteur André Pétrowski sur une pièce de théâtre dont le thème portera sur l'univers des mannequins.
(Photo: Jacques Pharand)