Cinéma, cinéma
Imaginez un quatuor de musiciens de plus de 70 ans, vedettes incontestées d’un bar du centre-ville englouti sous l’eau du Saint-Laurent. L’action se passe quelque part à la fin du deuxième millénaire et ces musiciens, qui jouent des instruments totalement inventés, sont interprétés par quatre comédien d’un âge certain: Jacques Languirand, 78 ans, Marcel Sabourin, 74 ans, Gabriel Gascon, 80 ans et des poussières, et votre humble chroniqueur qui franchira le cap des 70 ans dans quelques semaines.
J’étais le bambin du groupe. Et cette aventure tombait pile pour me faire entrevoir une décennie à venir plutôt encourageante. Voir tous ces p’tits vieux alertes, en pleine maitrise de leur talent et, surtout, maniant l’anecdote avec une verve qui ne s’est jamais démentie depuis des lustres, m’a laissé entrevoir une vieillesse épanouie, malgré les bobos qui me guettent.
Pour ne rien vous cacher, mes 69 ans furent une catastrophe. Comme pour beaucoup de comédiens de ma génération, ce fut le calme plat. Les grands-pères se font plutôt rares à la télé et au cinéma…
Quel est donc la panacée, le remède incontournable, pour renverser le processus et reprendre confiance dans le métier? Tout simplement un coup de fil d’un jeune metteur en scène bourré de talent, qui fait appel à vos services pour vous envoyer en l’air dans un film futuriste complètement sauté!
Martin Villeneuve, 31 ans. Il travaille sur son scénario depuis l’âge de 15 ans.
Un film impensable pour nos budgets restreints. Il a défoncé toute les portes, convaincu tous les bonzes de nos institutions cinématographiques à coups de remaniements de scénario et de recherche de fonds.
Après une bonne dizaine d'années, le projet est enfin accepté et me voilà en train de filmer, entouré de vieux copains. Quel privilège de retrouver Languirand dont je fus l’assistant metteur en scène il ya 50 ans, Sabourin (Pit pit pit Mandibule) riant de moi comme à l’époque de La Ribouldingue, et de découvrir Gabriel Gascon dont ma grand-mère changeait les couches à la fin des années 1920.
J’espère qu’il était moins entreprenant à l’époque qu’il l’est maintenant, malgré son grand âge, avec la gent féminine, car Mémére, femme vertueuse s’il en fut, serait certainement tombée sous le charme elle aussi. Vive le cinéma!
Mars et avril de Martin Villeneuve, dans un cinéma près de chez vous dans deux ans. À Cannes dans deux ans et demi!
EXERGUE
Voir tous ces p’tits vieux alertes, en pleine maitrise de leur talent et, surtout, maniant l’anecdote avec une verve qui ne s’est jamais démentie depuis des lustres, m’a laissé entrevoir une vieillesse épanouie, malgré les bobos qui me guettent.