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Un coup de sang sur les artères du PDU

Article mis en ligne le 9 mars 2009 à 10:44
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Un coup de sang sur les artères du PDU
Antoine Palangié milite avec le comité Vivre St-Grégoire pour une réduction de la circulation sur cette artère. (Photo: Jacques Pharand)
Un coup de sang sur les artères du PDU
Chers élus du Plateau Mont-Royal,

Pardonnez-moi par avance de mettre à mal le décorum auquel Madame Fotopulos tient tant pendant les conseils d’arrondissement en jetant un pavé dans la mare d’autocongratulation à laquelle il nous a été donné d’assister ce soir à la présentation, puis l’adoption sans surprise, du PDU ; mais malgré 20 minutes de marche dans le froid pour rentrer chez moi après avoir précipitamment quitté le conseil par dépit, je suis encore excédé en vous écrivant ces mots.

Hormis bien sûr Monsieur Bergeron qui incarne l’opposition, l’autocongratulation aurait donc été totale au sein de votre majorité s’il n’y avait eu cette question de Madame Duplessis à Monsieur Labrecque, question salvatrice puisqu’elle reste décidément centrale du PDU et de ses faiblesses : que comptez-vous faire pour les artères et les rues collectrices ?

Car dans l’état actuel des choses, ce dont vous vous félicitez si fort est à la portée de tous : n’importe qui en effet peut prendre les voitures du réseau local et les reporter sans autre forme de procès sur le réseau artériel. L’exercice revient à simplement poser des déviations de circulation, ce qui ne me semble pas mériter le costume de champions du développement durable que vous endossiez avec tant de facilité ce soir. Sans réduction concrète et notable du nombre de voitures sur notre réseau, où est la performance dans ce jeu de vannes un peu fermées par ici pour être grandes ouvertes par là ?

A ce stade de ma lettre, entendons-nous bien : mon indignation présente n’est pas liée à une divergence de vue avec votre équipe sur ces questions que nous, organismes comme le comité VIVRE St Grégoire que j’anime ou le comité circulation de la Maison d'Aurore qui restons très préoccupés par l’augmentation constante du trafic et du transit contre lesquels vous ne proposez rien de convaincant, vous assenons et continuerons toutefois à vous assener tant leur pertinence est flagrante ; mon indignation est bien plus liée au fait que Monsieur Labrecque n’ait même pas daigné répondre à la question de Madame Duplessis, espérant peut-être que le public aurait oublié qu’il s’était engagé à le faire deux minutes auparavant. Manque de chance, j’attendais la réponse avec grand intérêt, et je ne pense pas que j’étais le seul.

Outre l’image de décohésion que donne le fait qu’un élu ne tienne même pas compte de la question moins consensuelle d’une autre, et outre l’affront fait à Madame Duplessis comme à l’intelligence et l’intégrité des citoyens qui se déplacent pour participer et croire au débat démocratique, les raisons du silence de Monsieur Labrecque ne sont malheureusement que trop claires : il est en effet nettement plus ardu de répondre à la question de l’apaisement de la circulation sur les artères, qui demande de s’attaquer au transit et de remettre vraiment en cause la voiture par une réelle restriction de la place qui lui est allouée, que de proposer des mesures vitrines comme installer des dos-d’âne dans des petites rues ou faciliter l’accès aux vélos.

Ces mesures sont louables. Mais une fois encore, les retours d’expérience dans ce domaine le prouvent, il est inutile d’offrir des alternatives à la voiture si elles ne s’accompagnent pas de mesures visant à restreindre la circulation automobile, tant cette dernière est ancrée dans les mœurs et reste la solution de facilité. J’en déduis également que votre administration s’apprête donc à sacrifier froidement et sciemment les 40% de la population du Plateau constitués des riverains des artères et des rues collectrices, alors que vous vous targuez de posséder avec le PDU un outil magistral d’amélioration de la qualité de vie de notre arrondissement dans son ensemble.

Quel cynisme quand on pense que, pire encore, loin de proposer des solutions d’apaisement pour les artères, vous proposez même des mesures afin d’y faciliter et d’y fluidiser le trafic, permettant ainsi à la circulation de transit de s’engouffrer d’autant plus dans les « autoroutes » optimisées ainsi offertes…

Améliorer à peine le sort déjà enviable des mieux lotis sur les rues locales en dégradant beaucoup celui des populations déjà les plus exposées tout en permettant une meilleure pénétration du transit dans le Plateau, est-ce là une conception crédible et équitable de la réduction des nuisances automobiles ? Ou faut-il comprendre qu’une qualité de vie à deux vitesses (sans mauvais jeu de mots, 30 pour les locales, 50 pour les artères…) soit votre credo pour le Plateau ?

D’autant qu’à ne gagner que quelques voitures parmi quelques voitures sur chaque rue locale et en en envoyant l’ensemble détourné sur les artères, vous risquez de faire passer leur point de rupture à des situations aujourd’hui à la limite du supportable sur les principales voies de circulation, avec de réelles conséquences en matière de sécurité ou de santé publique.

Nous ne pouvons que déplorer, finalement, la trop grande complaisance vis-à-vis de l’automobile d’un PDU qui n’influera que peu ou prou sur le nombre de voitures circulant globalement dans l’arrondissement, et ne propose qu’un déplacement et, pire, une concentration des problèmes aux endroits déjà les plus défavorisés. C’est peu pour pouvoir s'attendre à un réel changement, sinon à une dégradation de la situation sur les artères.

Quoi qu’il en soit, merci à Madame Duplessis pour sa pertinente question et à vous tous pour votre temps.

Dans l’attente de votre réponse et vous adressant, chers élus, mes salutations de citoyen dévoué et coopératif nonobstant cet incident.

Antoine Palangié, pour VIVRE St Grégoire

(Photo: Jacques Pharand)

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