Symbole de la lutte aux injustices sociales, Amir Khadir sait qu'il doit répondre à des attentes très élevées de la population.
(Photo: Jacques Pharand)
Amir Khadir s'installe
Un peu plus d'un mois après son élection dans Mercier, le très populaire député de Québec solidaire à l'Assemblée nationale est toujours dans les cartons. Il a hâte de pouvoir emménager dans des bureaux complètement rénovés, sur l'avenue du Mont-Royal.
Sur la plaque qui annonce le bureau du député, au 1012, avenue du Mont-Royal Est, une étiquette sur laquelle on a écrit au gros crayon-feutre noir le nom du nouvel élu recouvre celui de l'ancien locataire, le péquiste Daniel Turp, délogé au soir du 8 décembre.
À l'étage, de gros rouleaux de tapis usagés encombrent le couloir. Derrière la porte vitrée, des ouvriers s'affairent à poser un nouveau plancher en bois. Cela sent la peinture fraîche. Le coup de balai n'est pas juste symbolique. On fait place nette pour une nouvelle équipe et de nouvelles idées.
«C'était vieillot et poussiéreux», glisse Josée Vanasse. L'ancienne syndicaliste qui débute comme attachée d'Amir Khadir n'est pas une nouvelle venue en politique. Elle était à la tête des deux dernières campagnes à la tête des troupes de Québec solidaire.
Le médecin arrive au pas de course, oreillette vissée au tympan. En quête d'un refuge, notre petit groupe se fera arrêter plusieurs fois en chemin. L'occasion de constater que la popularité du premier député de gauche à l'Assemblée nationale n'est pas un mythe.
Entrée dans la vie parlementaire
Chez Baptiste, la porte s'ouvre comme par magie devant nous, bien qu'il ne soit pas encore l'heure de la bière. Un verre d'eau et l'entrevue peut débuter. D'emblée, le coporte-parole de Québec solidaire attaque avec la manifestation des ouvriers d'Alcan contre les coupures d'emploi annoncées à l'usine de Beauharnois, son prochain rendez-vous de l'après-midi.
«Ce qui se passe là-bas risque d'arriver partout au Québec. On ne peut pas rester à attendre en se croisant les bras», lance-t-il.
Pour le nouveau député, le passage la vie de médecin à celle de parlementaire s'est fait sans accroc. «J'ai été surpris par l'atmosphère de franche camaraderie. On a l'impression d'être dans une grande famille», dit-il avec son large sourire. Il faut dire que, seul de son parti, Amir Khadir ne représente pas une menace pour ses adversaires politiques.
Sera-t-il condamné pour autant à jouer les utilités ? «Il y a une réelle marge de manœuvre, dit-il. Quand j'ai demandé que l'on ajoute des critiques sur l'injustice du système de l'assurance-emploi dans les demandes de Charest au fédéral, il n'a fallu que quelques échanges pour que cette demande soit prise en compte.»
Un statut pas facile à endosser
Toujours prêt à voler au secours des faibles et des opprimés, Amir Khadir est conscient de représenter un symbole fort au plan des grandes luttes sociales. Un statut pas toujours facile à endosser. «C'est dur, il y a énormément d'attente», concède-t-il.
Récemment, une femme en quête d'appui est venue cogner à la porte de sa maison, rue Saint-Hubert. «J'ai passé une heure à lui faire comprendre que son problème était individuel et que je ne pouvais rien pour elle comme député».
Dans la circonscription aussi, les attentes sont grandes. Certains craignent de voir leur médiatique député accaparé par les dossiers provinciaux. Le député se dit très sensible aux enjeux de son quartier. Les problèmes de la densité de la population et du manque de logement sur le Plateau Mont-Royal figurent en tête de ses préoccupations. «Je vais pousser sur la construction de logements sociaux. Plutôt que mettre nos sous dans les grands barrages, je préfère investir dans l'infrastructure sociale», déclare-t-il.
Pour le quartier, il rêve d'un grand programme d'efficacité énergétique qui permettrait d'isoler les vieux duplex et triplex, souvent de vraies passoires à courants d'air. Pour cela, il estime qu'une partie du nouveau programme de subvention à la rénovation annoncé par le gouvernement du Québec devrait être affectée spécifiquement à l'isolation. «Cette aide pourrait même être conditionnelle à des critères écologiques et à l'utilisation de matériaux québécois quand c'est possible. Cela aurait un effet multiplicateur sur l'économie», croit-il
Pour défendre ses idées, Amir Khadir est prêt à prendre des risques, comme de lancer une galoche sur un portrait géant de George Bush lors d'une manifestation antiaméricaine à Montréal. «Je regrette si cela a choqué. Mais je ne pouvais pas ne pas poser un geste de solidarité envers une cause que je trouve juste», répond-il. Assurément, il y aura d'autres occasions.
(Photo: Jacques Pharand)
Robert Sanscartier
Commentaire mis en ligne le 1er février 2009Bravo Amir, nous attendions de l'action et tu fais bouger les choses pour les sans voix. Merci d'être là!