André Montmorency.
Comment Aurore l’enfant martyre a changé ma vie
Je devais avoir 12 ans. J’étais encore vierge de théâtre. Oh, quand j’avais huit ans, j’avais bien vu «Le Secret de la Confession» avec les sœurs», dans le sous sol de la paroisse Immaculée Conception; mais le National était le premier théâtre professionnel que je visitais.
Je suis assis dans une salle archi comble, rue Ste Catherine, et je vais assister à une représentation d’Aurore l’Enfant Martyre.
J’avais beau avoir douze ans, je pouvais déjà comprendre ce qu’était un mauvais spectacle; et cette Aurore est surement la pire chose que j’ai vue dans ma vie.
Thérèse Mckinnon, à près de cinquante ans, jouait encore la petite Aurore, et Lucie Mitchel reprenait son rôle pour la trois millième fois. Pain de savon, main sur le poêle, tisonnier étaient de la fête.
Futur metteur en scène, j’avais aperçu l’ampoule rouge cachée dans le faux poêle sur lequel la marâtre faisait griller les mains de la petite.
J’avais également compris que le pain de savon que Thérèse, quant à moi, engloutissait avec beaucoup trop d’appétit, était tout banalement un pain de sucre du pays.
Autour de moi, le public ne se gênait pas pour crier à la pauvre Lucie des «maudite vaches» bien senties.
Moi pendant ce temps-là j’étais mort de rire.
Mais le clou du spectacle : le procès de la marâtre. Au dessus du juge, j’avais repéré un faux mur qui semblait vouloir s’ouvrir. Eh oui ,j’avais deviné ; le mur glissa en brinqueballant et Thérèse Mckinnon, couronnée de fleurs en plastique et défraîchies apparaissait devant son bourreau en robe blanche qui aurait pu souffrir la visite d’un fer à repasser, et du haut de sa chaire chantait «Maman je te Pardonne».
Heureusement, quelques semaines plus tard, j’assistai à une représentation du Malade Imaginaire avec l’irremplaçable Guy Hoffman, au TNM.
Les pendules s’étaient remises à l’heure et je rêvais de faire de la mise en scène. J’avais eu mes premiers cours.
PS: Comme plusieurs d'entre vous doivent le savoir, le gouvernement du Québec veut bannir les options artistiques des horaires de cours du secondaire. Quel scandale!!!