André Morin veille depuis 28 ans aux destinées du jardin communautaire Rivard (Photo: Jacques Pharand)
Les légumes sortent des bacs
En 2007, la culture de légumes était interdite dans 22 jardins communautaires montréalais à la suite de la découverte de terre contaminée. Un an plus tard, tomates, zucchinis et autres cucurbitacées prospèrent à nouveau dans le jardin Rivard grâce à un projet pilote de culture dans des bacs en bois. Un germe de solution au problème des jardins contaminés.
Les plants de tomates cerises ploient sous une abondance de fruits. Des poivrons dodus s'échappent des bacs, poussés par des aubergines ventrues. «On n'a jamais vu cela. Les gens sont presque découragés. On n'arrive plus à fournir», s'exclame André Morin, responsable du jardin communautaire Rivard depuis 28 ans.
La raison de cette récolte miraculeuse ? La nouvelle terre riche en azote qui remplit les bacs produit pour la première fois cette année. M. Morin croit que la situation devrait revenir à la normale au printemps prochain.
Des terrains lourdement contaminés
Il y a un an, le couperet tombait sur cette parcelle coincée entre les commerces de la rue Saint-Denis et la rue Rivard. La Ville, alertée par le ministère de la Santé, annonçait que 22 jardins communautaires sur un total de 98 étaient contaminés. Dans le jardin Baldwin, un des deux jardins touchés dans le Plateau-Mont-Royal, les tomates contenaient 13 fois plus d'arsenic et de 30 à 1033 fois plus de plomb que les moyennes canadiennes.
La culture des légumes a donc été remplacée par celle des fleurs. Dans tous les jardins communautaires? Pas tout à fait. Dans le Plateau, une poignée d'irréductibles a résisté. André Morin a consulté ses membres. Sur 30, 25 n'étaient pas d'accord. Il s'est donc creusé la tête pour trouver la solution: Faire pousser les légumes dans de grands bacs en bois remplis de terre saine.
Après des démarches auprès du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, il a obtenu l'autorisation de lancer un projet pilote. Il lui a fallu encore le feu vert de la Direction de la Santé publique de Montréal et l'imprimatur du laboratoire de la Ville.
L'arrondissement a fini par débloquer 4 400 $ pour la fabrication et le remplissage des bacs, le député Daniel Turp a fourni un millier de dollars, et les membres du jardin se sont partagé le reste de la facture.
À l'automne, avec l'aide d'un autre jardinier, M. Morin a scié et assemblé les planches à la main pour fabriquer 30 grands bacs de 4 pieds sur 12. Deux semaines de travail acharné. L'arrondissement a prêté l'engin pour remplir les bacs. «On s'est pointé un vendredi à 6h du matin, à 16h, les 30 bacs étaient remplis !» raconte-t-il.
Un combat solitaire
L'aventure n'a pas été de tout repos. Le président du jardin Rivard, qui se présente comme lobbyiste auprès du gouvernement fédéral, a dû batailler ferme pour obtenir de l'aide financière. «Mon projet était sans cesse repoussé. On ne sentait pas de volonté des élus locaux d'aller de l'avant. J'en rêvais quasiment la nuit. C'était devenu une affaire personnelle», confie-t-il.
Une pilule qu'il trouve amère à avaler. «Nous héritons d'une situation créée par la Ville elle-même, souligne-t-il. L'ancienne cour d'école, où se trouvent les jardins communautaires, a été remblayée avec de la terre fournie par la municipalité. Aujourd’hui il en coûterait 750 000$ pour décontaminer.»
Le remblai déposé sous la couche de terre serait responsable de la contamination. Lors des opérations de carottage, des morceaux de radiateurs d'auto et des pièces de cuivre ont été mises à jour.
L'apparition des vastes bacs de bois dans le paysage n'a pas été du goût de tous. Une résidante a dénoncé sur un blogue l'apparition de ces «cercueils pharaoniques» dans le paysage. Certains auraient préféré voir remplacer les parcelles exploitées par quelques citoyens par un parc accessible à tous.
Les légumes du jardin Rivard sont toutefois en sursis. Le ministère a autorisé l'utilisation des bacs pour une durée de trois ans seulement. «Il faut maintenant trouver une solution durable qui pourrait être appliquée dans d'autres jardins contaminés», indique M. Morin.
Des pistes de solution
Un comité, dirigé par André Pedneault, botaniste et conseiller horticole à la Ville, a été créé afin de trouver des solutions alternatives à la décontamination des sols, estimée à plusieurs centaines de milliers de dollars par jardin.
Ce comité présentera ses recommandations à la fin de la saison d'exploitation des jardins, selon Geneviève Fabio, chargée de communication à l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal. En attendant de trouver des solutions, c'est le statu quo. «La volonté est de conserver la vocation des terrains pour le jardinage communautaire», assure-t-elle.
Plusieurs mesures seraient envisageables. L'une d'entre elles consiste à enlever la terre contaminée à une profondeur de quatre pieds dans chaque jardinet, installer une géomembrane et la recouvrir avec de la terre saine. Une autre piste: la construction de bacs plus petits séparés par des bandes de terre.