Prométhée Huard craint que d'autres murales ne tombent sous le coup de la réglementation municipale.
(Photo: Éric Carrière)
Les anges ont perdu leurs ailes
Franceen Breault a dû se résoudre à se plier à la demande de l'arrondissement et à masquer les ailes des deux anges qui ornent la façade de son commerce, Ange Neige, sur la rue Rachel. Prométhée Huard, l'auteur de la murale, trouve la décision «décevante» et compare le geste à «une forme de vandalisme».
Au début du mois, Franceen Breault a sorti rouleau et pot de peinture pour recouvrir de bleu les ailes des deux anges ainsi que les rayons dessinés, il y a cinq ans, sur la façade ouest de son commerce, à l'intersection des rues Rachel et Laval. Il y a quelques semaines, le service des permis de l'arrondissement avait jugé que cette murale avait un caractère publicitaire, en raison du rapport entre son thème et l'activité commerciale de la boutique.
La commerçante garde un goût amer de l'expérience. «C'est dommage. On a perdu quelque chose d'intéressant pour le quartier», dit-elle. Cette murale était photographiée par les touristes et figurait sur plusieurs sites Internet. Maintenant que l'œuvre est altérée, la commerçante craint que les graffitis ne reviennent envahir ses murs.
Un souci partagé par Prométhée Huard. L'artiste avait réalisé la murale en 2003, dans le cadre du programme de lutte de la Ville de Montréal contre les graffitis. Il est l'auteur de 28 autres murales à Montréal, situées la plupart sur des bâtiments commerciaux.
Le peintre ornementaliste a multiplié les démarches, au cours des dernières semaines, pour convaincre les fonctionnaires municipaux de la valeur artistique de son œuvre. S'il comprend les préoccupations de la Ville en matière d'affichage, il reproche aux raisons invoquées de laisser une large place à l'interprétation.
«Ils associent les rayons à la lumière divine alors qu'il peut s'agir d'un simple effet pour donner de la perspective au tableau. De plus, mes personnages sont un homme et une femme, alors que les anges n'ont pas de sexe», indique-t-il.
L'artiste raconte s'être inspiré d'un motif figurant sur le plafond d'une cathédrale datant du Moyen-âge. «Pour ce travail, j'ai fait une grosse recherche sur l'iconographie. J'ai choisi le bleu, une couleur qui relaxe les gens, et l'or pour refléter la spiritualité. Le tableau évoque l'union entre deux êtres. Il y avait un équilibre. À présent, on voit deux personnes qui flottent dans les airs. Cela n'a plus de sens», souligne l'artiste, qui craint que le tout soit bientôt recouvert de graffitis.
Cette décision pourrait avoir un impact sur le travail de l'ensemble des muralistes montréalais, croit Prométhée Huart. «On travaille avec les commerçants, c'est une association saine. On représente les images qui leur trottent dans la tête en leur donnant une autre dimension.» L'artiste réfléchit aux suites à donner à l'affaire.
(Photo: Éric Carrière)