Entre deux tournages à l'autre bout du monde, German Gutierrez recharge ses batteries dans sa maison de la rue Gilford.
(Photo: Jacques Pharand)
Le monde selon Gutierrez
Le cinéaste German Gutierrez présente du 9 au 15 mai un documentaire sur la formidable offensive diplomatique de Lula, le chef du Brésil, dès son entrée en fonction. Ou comment un petit syndicaliste devenu président peut tenir tête aux hautes instances internationales. Le monde selon Lula s’inscrit dans une programmation spéciale sur le Brésil concoctée par le cinéma Ex-Centris.
German Gutierrez considère cette proposition de tournage présentée par Monique Simard, de la maison de production Virage, comme «un cadeau du ciel». Originaire d'Amérique du Sud, il a suivi avec fascination la carrière de Lula, «un être hors du commun, qui a mangé pour la première fois à sa faim à l'âge de 13 ans».
Le réalisateur s'est rendu plusieurs fois au Brésil pour le tournage, qui s'est étalé sur trois ans. Il a eu la chance de pouvoir décrocher une entrevue de 40 minutes avec le chef d'État. Un exploit lorsque l'on sait que Lula s'expose très peu dans les médias.
Au-delà de l'image de «l'ex-syndicaliste qui parle mal», il a découvert un fin connaisseur de la politique international, un leader naturel qui ne craint pas de tenir tête aux grandes organisations internationales. On le constate notamment lors des négociations avec l'Organisation mondiale du Commerce sur l'agriculture et l'alimentation. «Il a réussi à arrêter les négociations. Il avait décidé que sans un volet social et équitable, cela n'aurait pas lieu.»
Scénariste, réalisateur et directeur photo, German Gutierrez vit au Canada depuis 1975. Parti de ses montagnes colombiennes pour ramasser le tabac en Ontario, il vient s'établir à Montréal, où il fait tous les jobs d'un jeune immigrant.
Son premier contact avec le cinéma a lieu lorsqu'un ami lui demande de tenir un petit rôle dans une production étudiante. Fort de son passé en théâtre – il a été un des plus jeunes acteurs colombiens à jouer dans une troupe de création collective – il accepte. Un peu par hasard, il jette un œil à travers l'œil de la caméra. C'est le coup de foudre.
Après une expérience comme assistant-cameraman sur un documentaire en Colombie, il s'inscrit en cinéma à l'Université d'Ottawa. Son premier budget de tournage, il le décroche avec l'ONF pour ce qui deviendra son premier documentaire, un film sur les cueilleurs de café colombiens.
German Gutierrez s’intéresse avant tout à des sujets sociaux et politiques. Il a tourné dans plus d’une cinquantaine de pays, dans des régions de conflit, du Cambodge à l'ex-Yougoslavie en passant par l'Afrique du Sud, le Rwanda, le Salvador. Des expériences qui l'ont profondément marqué.
«Je ne fais plus confiance à l'homme. Quand pendant 15 ans tu filmes la misère des gens, tu commences à croire qu'il n'y a pas d'autre chose dans la vie», dit-il. Pour changer de registre, il filme les beautés de la nature sauvage. On lui doit notamment Insectia I et II, pour lesquels il a reçu deux prix Gémeaux.
«À travers Lula, je voulais faire un film sur les gagnants. Montrer aussi comment la communauté sud-américaine est en train de s'organiser pour former un vrai pouvoir économique et intellectuel de quelque 300 millions de personnes.»
(Photo: Jacques Pharand)