Franceen Breault a ouvert son commerce sur la rue Rachel en 1998.
Cachez ces anges…
Murale ou affichage publicitaire ? Les anges peints par l'artiste Prométhée en 2002 sur un des murs extérieurs du commerce Ange Neige, coin Rachel et Laval, devront tomber les ailes. L'arrondissement considère qu'il s'agit de publicité illégale.
Franceen Brault tient la boutique Ange Neige depuis 1998 au 251, Rachel Est. Le petit commerce propose divers articles reliés à la thématique des anges: cartes, livres, bougies, etc. Au début des années 2000, le mur extérieur donnant sur la rue Laval était couvert de tags. Dans le cadre de son programme d'enlèvement des graffitis, la Ville de Montréal avait contacté le propriétaire, M. Rapaso, pour lui proposer de repeindre le mur. On lui avait suggéré une alternative: l'installation d'une murale.
Séduite par l'idée, Mme Breault avait alors passé commande à l'artiste Prométhée. En 2002, celui-ci avait peint une vaste fresque représentant deux anges sur fond de rayons évoquant la lumière divine.
Pour compléter le tableau, Mme Breault avait également fait fabriquer par un artiste du coin un grand triptyque de bois représentant un ange penché au balcon au-dessus de nuages, qu'elle avait accroché au-dessus de la porte d'entrée du magasin. L'ensemble a un caractère naïf intéressant et contribue à donner un certain cachet à cette portion de la rue.
Permis d'affichage
En 2005, Mme Breault a reçu un premier avis d'un inspecteur de la division de l'arrondissement signalant un problème avec son affichage. Elle devait déposer une demande de permis pour se mettre en règle. Les démarches sont restées en suspend.
En février dernier, une lettre de l'inspecteur des bâtiments de l'arrondissement lui demandait de déposer une demande de permis. On lui signalait que l'enseigne et la murale étaient considérés comme de l'affichage et devaient se conformer à la réglementation de l'arrondissement en la matière.
«On me demande de diminuer la taille de l'enseigne au-dessus de ma porte et de recouvrir les ailes des anges sur la murale ainsi que les rayons qui apparaissent en fond», explique Mme Breault. «Je ne comprends pas. On montre le Plateau comme un des lieux les plus branchés en Amérique du Nord et voilà qu'on veut détruire une œuvre d'art qui est là depuis onze ans», signale-t-elle.
En 2006, l'arrondissement a adopté un nouveau règlement sur l'affichage visant à réduire la superficie des enseignes. Cette démarche répondait à une préoccupation des citoyens, émise lors des Soirées du Plateau, de mieux encadrer l'affichage commercial, notamment la taille des enseignes, afin de préserver le cachet du quartier. «Dans le cas de Mme Breault, il fallait régulariser la situation, puisqu'elle n'avait fait aucune demande pour de l'affichage», indique Michel Tanguay, chargé de communication à l'arrondissement.
De la pub déguisée
La fresque enfreint une autre disposition de la réglementation municipale. «Dans le cas d'une murale commerciale, il ne doit pas y avoir de lien direct entre le sujet représenté et l'activité de l'établissement. Ici, on a des anges, sur un commerce qui s'appelle Ange Neige, le lien est là», indique M. Tanguay.
L'arrondissement a déjà eu à refuser un projet de murale commanditée par la Société des alcools du Québec, représentant des gens attablés à une terrasse et buvant un verre de vin. «C'est très différent d'une murale à vocation culturelle. C'est de la pub déguisée. On ne questionne pas le bon goût ou le caractère esthétique de l'œuvre. À un moment, il faut tracer la ligne afin d'éviter les dérapages.»
Franceen Brault a jusqu'au 1er mai pour se conformer à la réglementation, procéder aux différentes modifications demandées et s'acquitter des frais de permis. Il faudra notamment calculer la taille de l'enseigne autorisée en proportion de la surface du magasin et rogner les ailes des anges.
(Photos: Jacques Pharand)