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Naïveté de Noël

Article mis en ligne le 13 décembre 2007 à 11:00
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Naïveté de Noël
Je me souviens enfant, quand Noël approchait… ma mère m’emmenait en expédition dans les grands magasins pour faire ses emplettes de Noël. J’avais droit, si j’avais été bien sage, à une visite chez le Père Noël.

C’était chez Eaton, au cinquième étage. Classique : c’était l’étage des décorations de Noël et des jouets! Dès notre sortie de l’escalier mécanique, il y avait de magnifiques sapins parés de lumières aux reflets chatoyants. De gros bonshommes de neige et de beaux soldats de bois, vêtus de rouge, de vert et de noir, nous accueillaient en souriant. Au loin, j’entendais en écho le bruit et le sifflet des trains électriques qui tournaient sur des pistes ovales, entourées de décors miniatures. De petits étangs givrés où s’ébattaient des patineurs joliment vêtus complétaient ces paysages enchanteurs.

Puis, dans cette houle de têtes et de cris d’enfants, j’apercevais le «trône» du Père Noël, tout orné de dorure. De la neige ouatinée parsemée de cristaux scintillants ajoutait au merveilleux. Quand mon tour arrivait, grimpée sur les genoux du vénérable vieillard, je poussais mes désirs comme mon traîneau sur la côte du voisinage. Ma grande timidité me coûtait bien des efforts. Je réussissais tout de même à lui chuchoter quelques demandes à l’oreille. Et commençait l’attente des étrennes.

La veille de Noël arrivait dans un tourbillon d’odeurs de pains d’épices, de sablés, de gâteaux aux fruits et les boîtes de décorations faisaient leur apparition au salon. C’était la soirée du sapin. Tant que mon grand-père a été parmi nous, c’est à lui que revenait l’honneur de placer l’étoile sur le faîte de l’arbre. Mon père, lui, s’occupait des lumières. Ma grand-mère et ma mère accrochaient guirlandes et boules de Noël. Je n’avais surtout pas droit de toucher à ces précieux ornements de verre… des trésors accumulés au fil des ans. Après toutes ces attentions, le plus chétif des conifères devenait une œuvre d’art! Bien entendu, j’avais ma responsabilité à moi : installer la crèche. Je commençais toujours par les animaux : le bœuf, l’âne, les moutons… que gardaient trois bergers… suivis de Marie et de Joseph. Et là, il y avait un silence tout doux dans mon cœur… Une tendre chaleur m’envahissait. Et je déposais, sous le regard aimant de la madone et du charpentier, ce petit être porteur de tant de promesses… d’amour. Une fois ce dernier geste accompli, je montais me coucher, songeuse… N’avais-je pas reçu mon plus beau cadeau? Toute la tendresse du monde pour moi, ce soir-là.

Aujourd’hui, c’est toujours moi qui place ce petit enfant, entre le bœuf et l’âne gris, entre Marie et Joseph… Et mes grands, qui ont maintenant des enfants, me regardent, silencieux… Et comme je leur dis chaque année : «ce n’est pas une question de croire en Dieu» et à l’unisson, ils ajoutent, avant que je n’aie eu le temps de terminer ma phrase : «mais de croire en l’amour».

«L’amour quand il est pur, ne demande rien, ne réclame rien… C’est joie pure de l’existence de l’autre.» Maurice Bellet. La traversée de l’en-bas.

En cette période de réjouissances, puissiez-vous être dans un regard aimant et joie pure pour un être cher!

Joanne Roy

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