La grande honte
Lettre ouverte au premier ministre Stephen Harper
Quelle honte! Le jeudi 1er novembre, votre gouvernement, par la bouche du ministre de la Sécurité publique, monsieur Stockwell Day, annonçait son refus d’intervenir auprès du gouvernement américain pour obtenir clémence envers un Canadien condamné à mort aux États-Unis. Et comme si cela ne suffisait pas à démontrer - une fois de plus -, votre gouvernance « d’extrême droite militariste-répressif », quelques jours plus tard, c’était au tour de votre ministre des Affaires étrangères, monsieur Maxime Bernier, de confirmer que le Canada ne parrainera pas la résolution, venant de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, demandant un moratoire mondial sur l’application de la peine de mort.
Quelle honte monsieur le premier ministre! Déclarer que demander la commutation d’une sentence de mort enverrait un mauvais message à la population canadienne sous prétexte que vous désirez préserver la sécurité publique en ne voulant pas rapatrier au pays un meurtrier. Comme si le Canada ne comptait aucun tueur dans ses prisons! Est-ce à dire, pour suivre la logique du ministre Day, que nous devrions exécuter chacun d’eux afin de préserver la sécurité des citoyennes et des citoyens de notre pays ?
Quelle honte, monsieur le Premier ministre! Refuser de parrainer et de promouvoir publiquement une telle résolution de l’ONU demandant un sursis sur l’application d’une pratique barbare, telle que la peine de mort, sous prétexte que cette dernière a suffisamment de parrains confirmés, dépasse l’entendement. Est-ce à dire, pour suivre la logique du ministre Bernier, que le Canada n’interviendra plus sur la scène internationale afin de promouvoir l’abolition de la peine de mort étant donné que de nombreux autres pays travaillent activement à sa disparition au sein des 64 pays où elle est encore en application? Graves questions!
Quelle honte, monsieur le Premier ministre! Car les raisons mises de l’avant pour justifier vos positions, sont tout à fait fallacieuses et complètement aberrantes. Depuis 1976, le Canada se refuse d’appliquer la peine de mort et, depuis, s’est toujours opposé à son application à travers le monde, tant par conviction que par principe humain et ce, malgré la culpabilité d’une personne et indépendamment du nombre de pays défendant les résolutions de l’ONU à ce sujet.
Quelle honte, monsieur le Premier ministre! En n’intervenant pas dans un cas comme dans l’autre, vous et votre gouvernement venez de cautionner, par défaut, aux yeux du monde, que le Canada considère la peine de mort comme étant une option tout à fait justifiable.
Quelle honte monsieur le Premier ministre! Mais doit-on s’en étonner ? Vous qui avez ruiné notre réputation internationale de pays pacifique. Vous qui avez entaché notre leadership en environnement et ridiculisé notre pays en cette matière. Vous qui avez réduit les Canadiennes et les Canadiens au silence en abolissant notamment le programme de contestation judiciaire du Canada. Vous qui avez démantelé les groupes de défense des droits, dont ceux desservant les femmes, en coupant leur financement pendant que le gouvernement fait des surplus budgétaires éhontés et que vous militarisez davantage notre pays. Vous qui adoptez des lois répressives pour contrer la criminalité quand toutes les études démontrent qu’elles n’ont aucun effet dissuasif, il suffit de regarder les résultats chez nos voisins du sud pour en être convaincus. Vous qui avez voulu retirer des droits aux gais et aux lesbiennes en voulant ouvrir de nouveau le débat sur le mariage entre conjointes et conjoint de même sexe. Alors, doit-on vraiment s’étonner de votre actuelle position concernant la peine de mort?
Quelle honte, monsieur le premier ministre! Depuis votre arrivée au pouvoir, votre gouvernance ressemble tellement à celle de monsieur George W. Bush, que nous devons nous demander de quel pays désirez-vous vraiment être le chef ? En fait, votre gouvernement détruit le Canada comme nul autre de vos prédécesseurs n’avait pu le faire jusqu’ici.
Quelle grande honte! Et honte à vous, monsieur le Premier ministre, qui avez déjà interpellé Dieu lors d’une conférence de presse, car s’il vous observe, je suis convaincu qu’il se retourne et pleure amèrement de voir ce que vous faites des droits humains.
Steve Foster, président-directeur général
Conseil québécois des gais et lesbiennes