Anne-Marie Sauvé a vu le Plateau changer au cours de ces 22 ans. [:AC:]CP>(Photo: Jacques Pharand)<[:AC:]$p>
Anne-Marie Sauvé se retire après 22 ans aux Ateliers
Anne-Marie Sauvé tire sa révérence après 22 ans à la tête des Ateliers d’éducation populaire du Plateau. Rencontrée quelques semaines avant son départ, elle s’affairait à «faire le ménage» dans les piles de paperasse. «Ça fait 11 ans que j’occupe le même bureau. Ça fait beaucoup de ramassage», lance-t-elle entre des dossiers qui s'élèvent comme deux colonnes de chaque côté sur son bureau.
Anne-Marie Sauvé n’a jamais eu la langue dans sa poche. «C’est plus fort que moi. Il faut que je dise ce que je pense». Au fil des ans, elle a appris à maîtriser ses élans à se tourner la langue sept fois avant de parler. «Lorsqu’on représente un organisme, il faut faire attention à ce qu’on dit, de la façon qu’on le dit et à qui on le dit. Les gens nous associent rapidement». Habituée à ravaler ses paroles depuis des années, Anne-Marie Sauvé s’en promet toute une. «Maintenant, je serai libre de toute attache. Watch out!» Et on est porté à la croire!
Une de ses interventions mémorables s’est produite au conseil d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. Deux années consécutives, Mme Sauvé a critiqué la présentation du budget de l’arrondissement, qu’elle jugeait trop sommaire. Avouant à la face de la mairesse Helen Fotopulos «si j’avais présenté un tel budget, il aurait été refusé». Cette critique s’ajoutait à bien d’autres, qui ont mené à la mise en place du premier budget participatif de l’arrondissement.
«Lorsque je prends la parole publiquement, je le fais pour les gens, pour les citoyens. Faire de l’éducation populaire c’est faire en sorte que les gens comprennent. À ma retraite, c’est ce que veux faire, vulgariser, offrir de la formation afin que les gens saisissent les messages».
On peut compter sur les doigts d’une main les responsables d’organismes du Plateau qui cumulent autant d’années dans le milieu communautaire. Dans un bottin des ressources communautaires du Plateau, publié en 1999, le nom d'Anne-Marie Sauvé figure en tant que directrice des Ateliers, alors que la plupart les responsables des autres organismes ont été remplacés depuis.
Parcours
Avant de se joindre aux Ateliers d’éducation populaire, elle a travaillé dans un centre d’hébergement pour femmes victimes de violence. Puis, elle a postulé à titre d’intervenante auprès d'un groupe de familles monoparentales aux Ateliers d'éducation populaire. Elle s’y est consacrée trois ans.
«Lorsque j’ai mis les pieds là, si on m’avait dit que j’y passerais 22 ans… Jamais je ne l’aurais cru». Elle est devenue adjointe par intérim à la direction générale, puis directrice générale. «Je ne comptais pas demeurer en poste aussi longtemps. Au fil des ans, il s’est toujours présenté de nouveaux défis. À chaque fois, je me disais que ce serait le dernier. Et c’est ainsi que j’ai accumulé toutes ces expériences, sans jamais vouloir laisser tomber les Ateliers».
Moments forts
Les deux déménagements de l’organisme et les batailles menées contre les coupes budgétaires, constituent les principaux moments forts dont se remémore Mme Sauvé. «Travailler dans le communautaire signifie toujours être à la recherche de financement. Et, malgré le fait que l’organisme soit reconnu depuis de nombreuses années, il faut continuellement se justifier. C’est toujours à recommencer», déplore-t-elle.
«C’est difficile vendre un organisme communautaire sur le Plateau, car le quartier est réputé in. Sur le Plateau, 30 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté. C’est du monde en maudit! C’est plus gros que certaines municipalités au Québec. Et pourtant, c’est difficile de convaincre les autorités des besoins que nous avons», souligne-t-elle.
Moments difficiles
Les moments difficiles que les Ateliers ont dû surmonter sont attribuables à des événements extérieurs. «Lorsque tu perds 60% de la subvention de ton plus gros bailleur de fonds, c’est difficile. Nous sommes passés de huit à quatre personnes permanentes», relate Mme Sauvé.
De même, lorsque la commission scolaire a décidé de reprendre les locaux des deux étages supérieurs du 4293, rue Drolet, ce fut un «réel coup dur». Mme Sauvé ne s'est pas privée pour apostropher la commissaire scolaire. Elle ne le dira pas, mais, au moment où ça brassait le plus fort, il a fallu une intervention en haut lieu pour la faire taire.
Les Ateliers
Les Ateliers d'éducation populaire du Plateau représentent un lieu d'apprentissage, d'entraide et d'implication, depuis 1972. L’an dernier, l'organisme accueillait 733 membres. Il faut ajouter à ce nombre les personnes qui profitent du service d’impôt, ceux qui assistent à des formations ainsi que les visiteurs.
«Aux Ateliers, nous valorisons les gens. Nous oeuvrons à leur redonner confiance, à garder la tête hors de l'eau, leur faire découvrir leur potentiel», résume-t-elle.
«Il y a du beau monde aux Ateliers. Les employés forment une belle équipe. Il s’agit d’un milieu stimulant. Les gens qui y viennent s’y sentent à l’aise. La plus belle valeur que peut avoir une personne c’est le respect et c'est ce que nous préconisons», fait remarque l'ancienne directrice générale.
Le 9 juin, les membres et l’équipe des Ateliers ont souligné le départ d'Anne Marie Sauvé lors du spectacle de la fête annuelle. Ils lui ont rendu hommage pour la remercier de son dévouement indéfectible durant toutes ces années et lui souhaiter une heureuse retraite.
(Photo: Courtoisie)