Luc Dalpé avec ses jeunes stagiaires Marie-France White Fortin, Nori Cadorette-Sirois, Mathieu Authier, et son assistant, le peintre Tony Antoine.
(Photo:Régent Gosselin)
La vie en bleu embellit le quartier
Une murale de 150 mètres pour les 50 ans de Gaz Métro
Sept jeunes artistes sous la supervision de l'artiste-peintre Luc Dalpé réalisent actuellement une des plus longues murales de Montréal. L’événement vise à souligner le 50e anniversaire de Gaz Métro tout en permettant à des jeunes de mettre à profit leur talent de peintre dans le cadre d’un projet de réinsertion sociale.
Rue du Havre. Coincé entre les installations de Gaz Métro et un garage de la Société de transport de Montréal, le mur de 150 mètres, entièrement revêtu de bleu, fait un pied de nez à la grisaille ambiante.
Concentrés sur leur travail, trois jeunes artistes dessinent au pinceau sur ce fond azur les silhouettes de personnages plus grands que nature. Ils ont débuté le 6 août et prévoient terminer à la mi-septembre. Déjà, plusieurs figures attirent l'œil: un cosmonaute voisine avec un clochard. Un peu plus loin, un musicien joue du cor et un homme d'affaires lit son journal.
Au total, 50 personnages - enfants, adolescents, adultes et aînés- prendront place dans cette vaste fresque: Employés, retraités, clients, citoyens qui vivent la vie en bleu, en référence à la petite flamme symbole de l'entreprise.
Influer sur la qualité de vie
«Derrière le bleu, il y a les gens». Cette phrase glanée dans un document de la société a inspiré Luc Dalpé. D'abord approché pour réaliser un tableau, il a su rallier les responsables de l'entreprise autour de son projet de murale.
L'artiste, qui a littéralement repeint les murs du quartier Hochelaga-Maisonneuve, avec plus d'une quinzaine de murales dans ce secteur, estime qu'il s'agit d'un bon moyen d'influer sur la qualité de vie. «C'est très enrichissant. Un mur gris devient une attraction. C'est aussi une manière de travailler qui respecte les graffiteurs. Car même pour un gars de mon âge, un mur vierge, c'est tentant!» blague Luc Dalpé.
Pour Gaz Métro, il s'agit d'une première expérience concluante. «Le siège social est établi depuis de nombreuses années dans le quartier. Ce projet traduit l'engagement de notre entreprise dans son milieu. Il s'inscrit aussi dans le souci témoigné par l'arrondissement Ville-Marie d'embellir le cadre de vie et d'améliorer la propreté», déclare Frédéric Kikorian, porte-parole de la compagnie.
Futur pompier-artiste
Le projet, sous la supervision de Luc Dalpé (Dalpay), un artiste-peintre bien connu pour ce type d’œuvre, est réalisé en collaboration avec de jeunes graffiteurs de l’organisme Y’a quelqu’un l’autre bord du mur, qui aide les artistes à mettre leur talent à profit en réalisant des murales urbaines.
Nori Cadorette-Sirois, 25 ans, aimerait travailler dans le domaine de l'illustration. Participer au projet lui permet d'enrichir son porte-folio. Marie-France White Fortin, 16 ans, trouve ainsi un moyen d'exprimer son goût pour la peinture. Mathieu Authier, 14 ans, souhaite devenir pompier, mais il veut continuer à dessiner. Ils sont aidés par Tony Antoine, peintre qui assiste Luc Dalpé depuis une dizaine d'années.
Apporter de l'espoir
Connu sous le nom de Dalpay, l'artiste a réalisé de nombreuses murales pour des entreprises et des commerces, aux quatre coins de Montréal et en région. Bell et la Société des alcools du Québec comptent parmi ses clients. Cofondateur du Café-Graffiti, il est à l'origine de l'initiative Bonheurs suspendus, lancée en 2006, pour permettre à des artistes de gagner leur croûte en peignant des tuiles pour agrémenter les plafonds de commerces et de restaurants. Avec les Kommunarts, un collectif d'artistes réunis dans un espace de création et de diffusion, il tente de redonner vie à la rue Sainte-Catherine Est.
«Une murale apporte de l'espoir. Le secret du peintre, c'est d'aimer les gens», confie cet autodidacte. Si tous les personnages sont inventés de toutes pièces, l'artiste a toutefois adressé un clin d'œil en incluant dans la murale un aveugle qui réside dans le secteur. «C'est le seul qui reste dans le quartier et il ne la verra jamais», remarque-t-il. Pour titiller l'attention, il l'a placé à côté d'un personnage qui tient une longue vue. «Tout est relié. Il faut savoir lire», déclare l'artiste.
On peut voir la murale en cours de réalisation sur la rue du Havre, entre les rues Ontario et Sainte-Catherine, ainsi que sur Internet au
www.murale-gazmetro.com.(Photo:Régent Gosselin)(Photo:Régent Gosselin)