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Une espèce en voie de disparition

Article mis en ligne le 1 juin 2007 à 13:31
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Une espèce en voie de disparition
André Montmorency vanmomo[:AC:]videotron.ca
Une espèce en voie de disparition
La grève à la STM aura été de courte durée, mais la première journée je dois avouer que j’y ai goûté. 9 h, lancement à Rosemont; 10 h, conférence de presse dans l’ouest; midi, doublage de film sur le Plateau; 14 h, répétition de la pièce Des Grenouilles et des Hommes dans Hochelaga-Maisonneuve; 17 h, entrevue à Laval. Sept ou huit taxis donc, ce qui me permet de dresser un tableau complet du chauffeur de taxi métropolitain.

Haïtiens de souche, Haïtiens avec l’accent québécois, Haïtiens mêlés dans leur accent et de plus en plus d’Arabes. Il reste cependant une poche de résistance, une espèce en voie de disparition : Le vieux chauffeur de taxi montréalais pure laine qui connaît la moindre ruelle, qui sait où demeurait Jean Drapeau et qui nous rappelle avec nostalgie les deux lions en pierre qui gardaient l’entrée de Camilien Houde rue Saint-Hubert au sud-est de Mont-Royal.

Certains reprennent le collier, la retraite les ennuyant profondément.

Troisième taxi de la journée. Le taxi arrive et en ouvrant la porte arrière, les haut-parleurs crachent une musique de type western tonitruante. Western, country, folk rock: je n’y connais rien, j’mêle tout et je dois avouer que je n’aime pas particulièrement. Certaines chansons country sirupeuses me font parfois retrouver mon âme de jeune fille, «but it’s not my cup of tea». Je me glisse donc sur le siège arrière du taxi. Le party est pogné dans la radio, ça swing rare et j’adore. Tout de suite, je m’inquiète et j'interroge mon chauffeur :

-D’habitude j’aime pas ça c’t’e musique-là ! Comment ça se fait que là, j’aime ça?

-Parce que ça monsieur, c’est du bluegrass. Les racines. La chanson traditionnelle américaine. C’est pas juste des histoires de cowboy, ça, monsieur. Pis y a toujours des banjos, des violons, pis des mandolines. Ecoutez les deux gars qui chantent ensemble, c’pas trafiqué. Y chantent dans le même micro.

Et coincé derrière un camion qui nous empestait sur l’infâme autoroute Notre-Dame, l’attente me donne droit à un cours 101 sur le bluegrass. Avis aux habitants du Plateau–Mont-Royal et de Ville-Marie réunis, le bluegrass n’est pas une variété de cannabis hydroponicus mais un style musical. Pendant le trajet derrière donc ce camion, j’ai pu découvrir, entre autres: Ralph Stanley, et surtout Rhonda Vincent qui me fut présentée ainsi :

-Écoutes-y la voix!

Le volume au boutte, j’entends une série de coups de glotte genre «tout-ce-que-j’haguis-chez –une-chanteuse», mais là je trouve ça génial. Je n’avais entendu que des imitatrices, j’imagine.

Après un arrêt de 15minutes devant le théâtre aux frais de mon chauffeur, ce dernier continue de me faire découvrir son univers. J’arrive en retard à la répétition, mais je peux enfin regarder les Grammy Awards avec intérêt!

Plus tard dans la journée, je poursuis ma quête du chauffeur de l’avenir. Pour l’instant, les Noirs sont prédominants et je les aime.

Je les connais bien surtout. J’ai eu naguère un appartement sous un stand de taxi au coin Garnier et Mont-Royal. Tous les matins vers 5 h 30, ils arrivaient, s’installaient sur le trottoir et sous ma fenêtre, les vitres de leur véhicule baissées pour bien entendre leur CB, tout en discutant en créole avec une projection vocale digne du marché central de Port-au-Prince, les hauts et les bas "d’Awistide". Mais je ne leur en tiens pas rigueur. La femme qui a eu le privilège de me dépuceler était haïtienne, ça crée des liens. J’ai donc toujours rêvé d’aller visiter le paradis de ma première maîtresse (elle m’avait menti, elle était née rue Laurier, mais ça c’est une autre histoire).

Juste une petite demande à nos amis haïtiens: Demandez à vos femmes d’arrêter de vous appeler sur votre cellulaire.

Quant aux Arabes, vive le Maghreb. Il n'y a pas un chauffeur qui n'a pas l'adresse du meilleur couscous en ville!

vanmomo@videotron.ca

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