François Purcell, chef de Vision Montréal, et Pierre Mainville, conseiller d'arrondissement de Sainte-Marie–Saint-Jacques, invitent le maire Benoit Labonté à éviter la confrontation.
(Photo: Régent Gosselin)
Quel est le problème?
Le dossier Grande Bibliothèque
Vision Montréal dénonçait le 6 mai dernier l'attitude du maire de l'arrondissement Ville-Marie, Benoit Labonté, dans le dossier de la Grande Bibliothèque en lui demandant d'éviter la confrontation. Or, selon les protagonistes concernés, à l'arrondissement comme à la BanQ, il n'est question que de sécurité, d'urgence, d'échéance et de fonds réservés. En attendant que le ministère décide que faire des lamelles tombantes...
Le problème des lamelles de verre, qui se détachent des murs de la Grande Bibliothèque de la BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec), a obligé les dirigeants de cette institution à aménager des clôtures temporaires afin de protéger les passants contre de nouvelles chutes éventuelles.
L'arrondissement de Ville-Marie facture 38 000$ par mois à la Grande Bibliothèque pour l'occupation des espaces publics servant à sécuriser les abords de l'édifice, soit les mêmes tarifs que les commerçants paient pour tenir des activités commerciales devant leur boutique.
«Toute occupation du domaine public (échafaudage, terrasse, vente, animation, etc.) est soumise à une tarification, peu importe le type d'immeuble ou de citoyens, corporatif ou particulier», rappelle le maire Labonté. «Nous avons donc facturé la BanQ pour ne pas faire deux poids deux mesures en appliquant un régime préférentiel ou particulier contestable par quiconque. Sur cette question, nous n'avons fait qu'appliquer le règlement.»
Hélène Panaïoti, directrice des relations publiques de la BanQ confirme: «Suite aux chutes des premières lamelles quelques jours à peine après l'ouverture officielle en juillet 2005, un périmètre temporaire de sécurité a été mis en place pour lequel nous avons demandé un permis d'occupation du domaine public auprès de l'arrondissement. Ces quelques mois de 2005 nous ont été facturés et la BanQ les a payés. Le dossier des réparations étant à la régie du bâtiment et dont tout le monde attend la réponse, la demande d'occupation a donc été prolongée. L'arrondissement nous a octroyé une exemption pour 2006.»
«En 2006, aucuns frais n'ont été réclamés pour cette occupation du domaine public», confirme le maire Labonté. «Mais nous avons demandé à la Grande Bibliothèque de nous présenter une solution sécuritaire permanente. Le projet proposé s'est avéré ne pas rejoindre nos critères de sécurité. L'arrondissement l'a donc refusé.»
Une addition, mais pas de facture
«En janvier 2007, l'arrondissement nous a dit qu'il n'y aurait plus d'exemption», reprend Hélène Panaïoti. «Mais, alors que nous disposons d'un permis mensuel, la BanQ à ce jour n'a reçu aucune facture». Ce que confirme Benoit Labonté en disant qu’«aucune facture n'a été transmise à la Grande Bibliothèque.»
Le maire de Ville-Marie ajoute: «Nous sommes toujours en attente d'une autre proposition, mais c'est au gouvernement et à la nouvelle ministre de la Culture de se pencher sur le dossier pour aider la BanQ à trouver des solutions.»
Selon notre analyse de ces propos, le port d'attache ne doit pas être le seul à assumer les frais liés à la réparation de la coque abîmée du vaisseau qu'il accueille. Peut-être que le maire Labonté tente de faire comprendre aux intervenants que l'arrondissement Ville-Marie (et ses contribuables) ne doit pas être le seul à assumer le manque à gagner et les errements de la conception d'un bâtiment dont la responsabilité est aussi d'ordre national...
De plus, lors de cette entrevue téléphonique, il a rappelé la position qu'il avait d'ailleurs défendue lors du dernier conseil d'arrondissement, à savoir que le financement de la culture est un point dont il est conscient et qu'il sait défendre, mais que «l'enjeu numéro 1 de cette affaire concerne la sécurité des usagers et rien d'autre ne prime à mes yeux!»
Des économies forcées
La polémique concerne donc le provisionnement des sommes éventuellement dues par la Grande Bibliothèque si la facture devait arriver. «Comme tout bon gestionnaire avec son budget quand il pense qu'une facture s'en vient: On met cet argent de côté tant qu'on ne saura pas ce qu'il adviendra de cette facture éventuelle» explique Mme Panaïoti. Ainsi, la présidente-directrice générale de la Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette, expliquait plus tôt la même semaine, que les frais exigés (près d'un demi-million de dollars pour l'année) proviennent de son budget de fonctionnement, pénalisant alors les activités liées à la programmation.
Pour sa part, Pierre Mainville, conseiller de Sainte-Marie–Saint-Jacques et seul élu de l'opposition municipale dans l'arrondissement de Ville-Marie, considère comme un non-sens l'attitude de Benoit Labonté. «Notre maire d'arrondissement vient piger des sommes énormes dans un budget destiné à la culture et tout ça parce que quelques mètres de trottoir sont utilisés pour sécuriser les espaces publics entourant la Grande Bibliothèque. Est-il à ce point serré dans son budget qu'il lui faut à tout prix trouver de nouvelles sources de revenus?».
L'argent de la Grande pour ses cadettes
François Purcell, chef de Vision Montréal, et Pierre Mainville ont également appuyé la demande de plusieurs arrondissements qui proposent que l'impôt foncier par la Grande Bibliothèque, soit dédié entièrement au financement récurrent des bibliothèques de quartier en l'ajoutant au budget actuel.
(Photo: Régent Gosselin)