OTTAWA - S'estimant victime d'une campagne de désinformation, le député conservateur Ken Epp est revenu à la charge mardi pour défendre son controversé projet de loi C-484 sur les victimes non encore nées d'actes criminels.
S'il est adopté, ce texte permettrait de punir plus sévèrement l'auteur d'une agression contre une femme enceinte, particulièrement si cette agression entraîne la mort du foetus.
M. Epp a répété que son projet n'avait rien à voir avec l'avortement. Il s'agit de reconnaître la souffrance des femmes qui perdent l'enfant qu'elles portent en raison d'un acte criminel, a-t-il insisté.
Le député d'Edmonton affirme qu'on lui prête des intentions, surtout au Québec où l'Assemblée nationale, les associations de médecins et les groupes de femmes ont unanimement dénoncé son projet.
M. Epp dit avoir été inspiré par un crime commis dans sa circonscription. Il doit vouloir "corriger un problème" avec la législation actuelle, qui ne reconnaît pas le foetus comme une victime à part entière.
Le conservateur était entouré lors de son point de presse de proches de victimes ainsi que d'une représentante du Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes à Ottawa, Heidi Illingworth, qui a souligné que les animaux étaient mieux protégés par la loi que les foetus.
Ken Epp avait aussi pris la peine d'inviter une étudiante à la maîtrise en Sciences infirmières, Ulrika Drevniok, qui a dit en français souhaiter l'adoption du projet de loi qui, à son avis, "découragera les criminels de s'en prendre aux femmes enceintes".
La jeune femme a souligné qu'elle avait travaillé avec des femmes toxicomanes enceintes et qu'elle était contente de constater que le projet de loi protégeait leurs intérêts "sans les criminaliser de quelque façon que ce soit".
Ces arguments et les témoignages des victimes n'ont toutefois pas ébranlé le Bloc québécois qui s'oppose avec vigueur au projet C-484 et aux trois autres projets de lois privés qui touchent les droits reproductifs.
D'après la porte-parole en matière de condition féminine, Nicole Demers, l'entrée en vigueur de C-484 ouvrirait la porte à une recriminalisation de l'avortement et du comportement des femmes enceintes.
"On veut vraiment limiter les choix des femmes et dire aux femmes: Nous allons décider pour vous ce qui est le mieux pour vous, a-t-elle martelé. Il faut se rappeler de ça. Que peu importe ce que dit M. Epp, ou les personnes qui le supportent par rapport à ce projet de loi-là, le danger est réel."
La députée de Laval a rappelé qu'aux Etats-Unis, des lois semblables avaient permis la condamnation de femmes à qui on reprochait d'avoir refusé une césarienne ou qu'on accusait de négligence envers leur enfant non encore né.
Le projet de loi C-484 a été adopté en 2e lecture le 5 mars dernier, grâce à l'appui de certains libéraux pro-vie. Leur chef Stéphane Dion a assuré à plusieurs reprises qu'il ne passerait pas mais le Bloc n'est pas tout à fait rassuré.
Le comité de la justice, qui doit étudier C-484 article par article, est actuellement paralysé, ce qui freine la progression du projet de loi dans le système parlementaire.
La représentante du Bloc au sein du groupe, Carole Freeman, a toutefois prévenu que le texte pourrait tout de même revenir devant la Chambre des communes dès septembre. "Il faut être vigilantes", a-t-elle insisté.
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