Fin des années folles sur le marché de l'habitation
C'est la fin des années folles dans le marché de l'habitation. Selon une récente étude de la Société canadienne d'hypothèques et de logement, la fièvre immobilière des dernières années est en train de s'estomper et le marché tend vers un rééquilibrage tout en douceur.
« Le meilleur du boum immobilier est derrière nous, affirme Paul Cardinal, analyste principale de marché à la SCHL. Le marché est encore solide, mais moins en effervescence. L'acheteur regagne du pouvoir de négociation. »
La prochaine année sera caractérisée par la mise en chantier de quelque 19 500 nouvelles constructions dans la région métropolitaine de recensement de Montréal, ce qui correspond à un recul de 7 % par rapport à 2006. Ceci s'expliquerait en partie par le fait que plusieurs copropriétés neuves sont demeurées inoccupées au cours des dernières années, forçant ainsi les promoteurs et les constructeurs à ralentir leur rythme de croisière. La SCHL prévoit la construction de 6500 copropriétés en 2007, ce qui représente une baisse de 7 % par rapport à l'année dernière. Un ralentissement est également attendu dans le marché du logement locatif alors que 4500 nouveaux logements devraient être construits en 2007, soit 10 % de moins que l'année dernière. « Les besoins sur le plan du marché locatif ont connu un sommet en 2004 », affirme Paul Cardinal. Un essoufflement de l'activité du côté des résidences pour personnes âgées expliquerait également cette statistique. On prévoit aussi construire 6 % moins de maisons unifamiliales en 2007.
Le marché de la revente demeurera, quant à lui, très dynamique; 38 000 transactions sont prévues dans la région de Montréal cette année. « Le nombre de propriétés en vente augmente », confirme M. Cardinal. Par contre, les propriétaires devront réévaluer leurs attentes à la baisse quand viendra le temps de vendre leur maison, puisque la flambée des prix des dernières années s'atténuera considérablement. « Les propriétés restent inscrites un peu plus longtemps et on voit de plus en plus de maisons en vente dont les prix ont été révisés à la baisse », rapporte l'analyste.
Les années 2004 et 2005 ont été marquées par une croissance des prix des maisons de l'ordre de 14 % à 18 %, alors que l'année 2006 a été caractérisée par une croissance de 8 %. En 2007, on prévoit une évolution des prix de l'ordre de 5 % du côté des maisons unifamiliales et de 3 % pour les copropriétés.
L'étude de la SCHL rapporte également que ce sont les quartiers centraux de l'île de Montréal qui ont connu les plus fortes hausses du prix moyen, ce qui forcera certainement un grand nombre d'acheteurs à se rabattre sur des quartiers moins dispendieux, notamment ceux des banlieues. D'ailleurs, on note un intérêt de plus en plus marqué pour la copropriété dans la proche banlieue, notamment à Pointe-aux-Trembles. Selon Paul Cardinal, la démographie serait le principal facteur de cette croissance de la demande pour l'habitation en copropriété. « Les personnes retraitées dont les enfants ne sont plus à la maison et qui désirent un endroit plus petit demandant moins d'entretien ou encore les jeunes familles qui désirent devenir propriétaires à un prix plus accessible se rabattent souvent sur la copropriété », explique-t-il.
La croissance du revenu des familles, les conditions économiques en général et le niveau des taux d'intérêts constituent également des facteurs qui expliqueraient cet intérêt pour la copropriété. « Les taux d'intérêts n'ont jamais été aussi bas depuis le milieu des années 1950 », note M. Cardinal. Le taux d'intérêt moyen est actuellement à 6,5 % alors qu'il se situait à 13 % au début des années 1990. Celui-ci ne devrait pas augmenter au cours de la prochaine année, même qu'il pourrait connaître une légère baisse au printemps.
En fin de compte, la faiblesse des taux d'intérêts et le ralentissement de la croissance des prix du marché peuvent inciter les gens à devenir propriétaires. Toutefois, ceux-ci ne doivent pas s'attendre à faire autant de profits qu'ils le souhaiteraient lors de la vente, prévient l'analyste principal de marché à la Société canadienne d'hypothèques et de logement. Le mieux est encore d'acheter selon ses besoins.