Marie-France Belso devant une œuvre de Marie-Catherine Péloquin.
(Photo: Jacques Pharand)
Marie-France Belso, galeriste à 30 ans
Marie-France Belso a trente ans, au mois de septembre elle a ouvert sa propre galerie d’art sur l’avenue du Parc.
Sa galerie est suffisamment grande pour mettre les œuvres en perspective et suffisamment petite pour y créer de l’intimité.
Elle rêve de tenir une galerie d’art depuis son enfance. Elle se qualifie d’artiste refoulée par des parents trop cérébraux qui misaient davantage sur la réussite sociale. Après ses études en lettres françaises, elle s’inscrit à l’université où elle ne termine pas ses cours. Trop pressée. Elle déniche un emploi qui ne lui convient pas, mais qui rapporte passablement. Elle endure ce purgatoire pendant cinq ans et demi. Pendant son emploi, elle profitait de ses déplacements pour livrer ses tableaux. «Le patron trouvait que mon téléphone sonnait trop». Elle quitte tout, en octobre 2005. Moins d’un an plus tard, elle ouvre sa galerie d’art, un rêve, en y consacrant ses économies, REER et héritage et avec l’aide d’un mécène.
Marie-France gère 56 000 affaires en même temps. En plus de sa galerie, elle tient quatorze expositions chaque mois en accrochant des tableaux dans autant de restaurants. Elle défraie souvent de sa poche le coût d’achat de la quincaillerie, les rails et les crochets pour suspendre les toiles aux murs des restaurants. «J’essaie de convaincre les propriétaires d’installer de l’éclairage pour mettre les toiles en valeur».
Lorsqu’elle reçoit un client à dîner, elle l’invite invariablement dans un endroit où les toiles de «ses» artistes sont accrochées.
Sortir des ornières
«Je considère qu’au Québec on a beaucoup de talents, mais ils restent à être reconnus sur le plan international».
«Les médias, même ceux qui se donnent une vocation culturelle, n’explorent que les valeurs sûres comme le Musée d’art contemporain. On parle toujours des mêmes affaires. Pourtant, il existe une mine de galeries, de lieux de diffusion, dont on n’entend jamais parler», déplore-t-elle.
Elle n'hésite pas à aborder Guy A. Lepage, rencontré au hasard, attablé à un resto pour l'entretenir du trop peu de place laissée aux artistes en arts visuels.
Au moment de notre visite, Jean-Pierre Coallier sortait de la galerie. «Je veux mettre de la publicité à sa station de radio de musique classique…», mentionne-t-elle sans plus.
Plus tard, au cours de l’entrevue, le propriétaire du restaurant Zumaia passe régler les derniers détails d’un vernissage.
En deux ans et demi de préparatif à son projet, elle dit avoir rencontré 300 artistes. «Je suis comme une personne qui fait transiter les autres vers quelque chose de meilleur», décrit-elle.
Les arts et les chiffres
Directrice d'une galerie d'art amène à parler de chiffres, de beaucoup de chiffres, pour arriver à vivre, pour les crédits d'impôt. C'est un vrai business? «Oui, c'est une business. Sauf que les gens qui nous alimentent, les artistes, n'en ont rien à foutre de la business. Ils n’ont parfois aucune idée de la valeur de leurs œuvres ni du marché. Ce sont des créateurs. Laissons-les créer. En tant que galeriste, je m'assure de leur diffusion du mieux que je peux».
Elle dénonce le non-respect des droits d’auteur des artistes. «L’autre jour, j’ai vu un des tableaux d’une artiste que je connais apparaître dans une publicité à la télévision. Personne ne l’avait avisée. Ça ne lui rapportera peut-être que 18$, mais ça me met en furie. C’est une question de respect et de principe», fulmine-t-elle.
Le Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV) demande «l’inclusion du droit de suite dans la Loi sur le droit d’auteur. Ce droit requerrait qu’un artiste perçoive un pourcentage du prix de la revente de ses œuvres. Le droit de suite serait un gain majeur pour les artistes en arts visuels, en particulier lorsque leurs œuvres prennent de la valeur, car ils pourraient bénéficier des ventes qui surviennent après la vente initiale».
Anthracite Diffusion, 5390, avenue du Parc.
www.Anthracitediffusion.com (Photo: Jacques Pharand)(Photo: Jacques Pharand)