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«Appelez-moi Gaston»

Louise Potvin par Louise Potvin
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Article mis en ligne le 14 octobre 2008 à 18:08
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«Appelez-moi Gaston»
À l'autre bout du fil, la voix bien reconnaissable de cet animateur populaire n'a rien perdu de sa jovialité. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, un accident de la route clouait définitivement Gaston L'Heureux dans un fauteuil roulant. Celui qui est l'incarnation même de l'image du bon vivant épouse aujourd'hui une cause qui le touche jusqu'au plus profond de son être. Entretien avec le président d'honneur du 4e show-bénéfice de l'Association des paraplégiques du Québec.
«Appelez-moi Gaston»
Gaston L'Heureux vit depuis plus d'un an au Centre de réadaptation Lucie-Bruno, le plus grand du genre au Canada, en attente d'un logement adapté à sa nouvelle condition. Ce séjour fait suite aux quelques mois passés à l'Institut de réadaptation de Montréal. Aigri? Pas le moins du monde... « Quand on me demande comment je vais, je réponds que ça roule!, rigole-t-il. La vie continue. J'ai 65 ans et je veux vivre la dernière étape de ma vie dans la dignité », dit-il avant de lancer:« Appelez-moi donc Gaston... »

Ce joyeux luron a dû, comme tout le monde, apprendre à se dépatouiller dans les dédales du système de santé « avec ses failles et ses bons côtés. » Car bons moments il y a, avance-t-il, citant à titre d'exemple ses nouveaux copains « les travailleurs de l'ombre : les préposés aux bénéficiaires qui travaillent souvent comme des esclaves», tonne Gaston L'Heureux.

Et pas de passe-droit pour celui qui a parcouru la planète en quête des grands plaisirs de Bacchus. Gaston doit aujourd'hui patienter, comme tout le monde, sur d'interminables listes d'attente pour un logement avec rampe d'accès, commutateurs plus bas, unité de salle de bain et armoires de cuisines accessibles de son fauteuil. « Il y a très peu de logements adaptés disponibles au Québec. Il faudrait une réglementation pour que chaque nouvel immeuble à logements ait un nombre obligatoire d'unités adaptées. » Une urgence aggravée par le vieillissement de la population et la pression supplémentaire qu'engendre ce phénomène sur la demande en logements avec des normes dites universelles.

Car la facture risque d'être salée pour qui songe réaménager une maison ou un immeuble déjà construit. D'où l'importance de penser en terme de normes universelles dès l'étape des plans et devis, prône-t-il.
Rouler... en terrain miné
« Je vous ai aussi parlé des trottoirs? » Allez-y mon cher Gaston...
Dans le secteur du Centre Lucie-Bruno, situé sur Laurier, à l'est de De Lorimier, la situation n'est ni pire ni mieux qu'ailleurs à Montréal, raconte-t-il. Une petite balade en fauteuil roulant équivaut à vivre le syndrome du bébé secoué, ironise-t-il. Et encore faut-il pouvoir y accéder, les espaces d'accès étant en triste état ou tout simplement inexistants....

Les lieux publics ne décrochent pas non plus la note de passage. Ce grand habitué des bonnes tables de la métropole se considère tout de même privilégié. « Les serveurs viennent me chercher dehors. » Un traitement de faveur, certes. Mais l'hiver s'annonce pénible, sait-il. Il y a des limites à demander à ce qu'on le trimballe, lui et sa Cadillac sur deux roues de 350 livres, dans des escaliers enneigés...

«Kéroule [organisme à but non lucratif pour la promotion du tourisme et de la culture à destination des personnes à capacité physique restreinte] fait beaucoup pour nous aider, notamment dans le milieu hôtelier. » Mais il reste du travail à faire, constate-t-il.

« Nous sommes aussi des consommateurs et voulons avoir accès, par exemple, à des hôtels n'ont pas l'air de chambres d'hôpital. Il faut savoir que plusieurs paraplégiques et même des tétraplégiques font du ski, de la voile, jouent au ballon-panier, au hockey et font même de la luge. Plusieurs travaillent. Pour ma part, j'ai repris le boulot trois mois après mon accident : je siège sur sept conseils d'administration et m'implique socialement dans différentes causes. Oui, j'ai eu un choc, mais je ne suis pas resté là à m'apitoyer sur mon sort. Je considère que la vie vaut toujours la peine d'être vécue : il faut aller jusqu'au bout, ne serait-ce que par curiosité. »
Le 4e Show-bénéfice de l’APQ

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