(Photo: Éric Carrière)
Annie Roy et Pierre Allard: Aimables terroristes
Les deux fondateurs de l’Action terroriste socialement acceptable (ATSA) célèbrent 10 ans d’interventions urbaines avec l'ouverture de CHANGE, un magasin qui aura pignon sur rue du 2 octobre au 20 décembre à l’angle de Saint-Laurent et Marie-Anne. Rencontre avec deux drôles d'oiseau.
Ils ont débarqué chacun sur leur Écovélo, une petite pancarte noire barrée du mot «CHANGE» accrochée au cadre de leur bicyclette. «Cela fait jaser. Les gens nous arrêtent pour nous questionner», déclare Pierre Allard.
Une cinquantaine de ces affichettes sont déjà venues agrémenter d'autres vélos dans le quartier, rien que par le bouche à oreille. C'est cela, l'effet ATSA. Piquer la curiosité, stimuler l'intellect, titiller l'esprit critique par des symboles et des mots qui interpellent.
Après dix ans d'interventions urbaines éphémères qui ont frappé l'imagination de Montréal à Paris, les deux artistes, qui forment aussi un couple dans la vie, ont décidé de se doter d'une vitrine temporaire sur le boulevard Saint-Laurent, près du parc des Portugais, à quelques coups de pédale de chez eux.
Le magasin CHANGE réunira le fonds de commerce du duo de créateurs. On pourra s'y procurer des œuvres, des artéfacts et des photographies d'archives ainsi que des produits dérivés.
«C'est une manière de laisser une trace, en réunissant pour la première fois notre production sous un même toit», indique Annie Roy. «C'est une forme de consommation où l'objet devient prétexte à la discussion. Toute la raison d'être de nos interventions sur la rue se retrouve là-dedans. C'est donc une occasion de remettre ces enjeux sur la table.»
L'ouverture donnera lieu à une soirée foraine dans le parc voisin sur le thème du change. Un clin d'œil à l'ancien marché aux échanges qui s'y tenait dans les années 30, où l'on pouvait troquer une montre contre une chemise. À travers divers jeux à saveur électoraliste autour de l’argent, le public est invité à «venir échanger huit trente sous pour une piasse».
Ce sera aussi l'occasion pour le duo de lancer sa première publication, L'art passe à l'action, un ouvrage qui regroupe des photographies d’archives de ses interventions urbaines en les jumelant à des textes signés de personnalités engagées comme Laure Waridel, Dinu Bumbaru, Jean Lemire ou encore Steven Guilbeault
Premier cri
En décembre 1997, le couple d'artistes – elle danseuse, lui cinéaste - poussait son premier cri d'indignation devant le Musée d'art contemporain en y installant en toute illégalité La Banque à bas, un guichet automatique de bas chauds pour sans abris.
Depuis, une vingtaine d'événements artistiques engagés ont jailli de ce qui est devenu une petite entreprise culturelle familiale pour se retrouver dans l'espace urbain: État d'urgence, un camp de réfugié pour les sans-abri sur la place Émilie-Gamelin, ou encore la célèbre opération Attentat, qui consistait à poser des contraventions vertes sur les pare-brise des gros VUS.
Demandés à travers le monde – Ils seront à la Biennale de La Havane en mars prochain – ils font leur bout de chemin, à l'écart de toutes les tendances. «On ne se perçoit pas comme des radicaux», confie Annie Roy. Elle ajoute: «Il n'y a pas de réseau de tournée pour le style d'intervention comme la nôtre. On crée notre monde, on réinvente la roue à chaque fois.»
L'obligation de planifier tous ces événements laisse moins de place à la l'improvisation. Afin réveiller le sentiment d'urgence, les deux artistes songent à mettre sur pied un concours de projets citoyens, inspirés de leur propre démarche. Invasion de terroristes en perspective…
Propos recueillis par Carole le Hirez
Flâner : Au parc La Fontaine avec notre fille en sortant de l'école: nous avons redécouvert la beauté de ce parc depuis un an.
Prendre une bière (ou plus) : Au Pied de Cochon avec Martin Picard qui est de l'or en barre!
Prendre une bouchée le midi : Chez Soupsoup ou au Réservoir, sur Duluth!
Faire son épicerie : Chez Seagal sur Saint-Laurent (au sud de Duluth) est un voyage dans le chaos et tellement plus sympathique que toutes les épiceries grandes surfaces aseptisées!
Découvrir : Sur le Plateau, on a la chance d’avoir des belles ruelles. Chez nous, les enfants et les parents y ont un rendez-vous quotidien pour jouer au soccer... Pas besoin d’aller bien loin et surtout en profiter pour se parler entre voisins!