François Mayeux considère la bande dessinée comme un genre littéraire à part entière.
(Photo: Jacques Pharand)
Atterrissage sur la Planète BD !
Depuis près de 25 ans, François Mayeux consacre sa vie au neuvième art. Ce passionné qui ne jure que par phylactères, cartouches et onomatopées, vient d'ouvrir un espace exclusivement consacré à la BD, rue Saint-Denis, dans le centre névralgique de l'activité culturelle du Plateau.
Cela faisait des années que François Mayeux souhaitait s'établir dans le quartier. Quand un espace s'est libéré au 3883, rue Saint-Denis, il n'a pas hésité à quitter Cartierville, où il tenait boutique depuis cinq ans, pour réaliser son rêve : créer un espace propre à faire sortir les bédéphiles de leur bulle.
«Je recherchais un endroit au cœur du quartier culturel de la ville, afin de créer un espace qui n'exclurait aucun type de BD. Je veux toucher la clientèle qui va au cinéma et au théâtre pour l'amener à découvrir ce médium actuel qui utilise un langage moderne, comme celui du Net», déclare-t-il.
Mission accomplie. On se trouve ici dans un véritable temple à la gloire des petites cases. Ouverte depuis le printemps, la librairie propose une vaste sélection de BD européennes et québécoises ainsi qu'une section manga. Des centaines d'albums tapissent les murs. Planches originales, sérigraphies et figurines sont là également pour combler l'appétit des collectionneurs.
Le lieu est à l'image de la BD d'aujourd'hui: un genre littéraire à part entière porté par une abondance d'auteurs de toutes nationalités. «Longtemps, la BD a été associée à de la lecture pour enfants ou encore pour adultes avertis. Souvent, on se faisait dire : Tu lis encore de la BD à ton âge ?», évoque le libraire.
Depuis quelques années, les choses ont bien changé. Les «comics strips» ont fait leur entrée dans les bibliothèques municipales et sont utilisés comme supports pédagogiques dans les écoles. Loin d'être considérée comme une sous-littérature, la BD a donné naissance à ses propres genres.
«On vit aujourd'hui l'âge d'or de la bande dessinée. Le lectorat se développe, la production suit, et la crème est plus importante», constate François Mayeux. Alors que dans les années 70, il se publiait de 400 à 700 albums par années, actuellement, plus de 4 000 titres atterrissent dans les bacs des libraires. Impossible de tout lire, même pour un passionné !
Dans le même temps, la production s'est spécialisée. On a vu apparaître de nouveaux genres : aventure, histoire, biographie… Une des principales évolutions: Traditionnellement masculine, la BD s'est ouverte à la clientèle féminine, avec des auteurs comme la Québécoise Eva Rollin, dont le personnage central vit les affres de la trentaine, ou encore l'Argentine Maïtena, dont la série <@Ri Les Déjantées<@$p> sont une analyse sans complaisance des femmes modernes.
La création québécoise est particulièrement florissante. Afin de lui donner une vitrine, Planète BD organise chaque mois une rencontre avec un auteur. Marc Delafontaine et Maryse Dubuc, créateurs de la populaire série Les Nombrils, sont passés par là, ainsi que Simon Dupuis, auteur de La porte d'Ishtar. D'autres surprises attendent les amateurs de B.D. Le 10 août, à 13h, les auteurs Philippe Girard et Guy Michel viendront présenter la collaboration franco-québécoise Champlain, je me souviens, publiée par les éditions Sangam.
Les suggestions de François Mayeux
Là où vont nos pères, Shaun Tan, Dargaud
Persepolis, Marjane Satrapi, L'Association
Le Photographe, Gibert, Lefèvre et Lemercier, Dupuis
Chroniques birmanes, Guy Delisle, Delcourt
(Photo: Jacques Pharand)