Serge Lachapelle n'a pas moyen de faire sa sieste tranquille au parc des Compagnons-de-Saint-Laurent.
(Photo: Jacques Pharand)
Dormir sous un arbre est-il devenu une infraction ?
Je dois me confesser ici. J’aime dormir sous un arbre. Jusqu’à tout récemment, je pensais qu’il s’agissait d’un acte sans conséquence. Mais en l’espace d’une semaine, j’ai dû me rendre compte que pour certains il s’agissait peut-être d’une infraction. En très peu de temps, j’ai eu affaire à la police de Montréal et aux cadets qui sont venus interrompre une sieste bien méritée. Monsieur, monsieur ça va? Êtes-vous malade? Avez-vous besoin d’aide? Il y a une ambulance à deux pas. Voulez-vous quelque chose ?
Oui, j’aimerais avoir la paix. Ce n’est pas trop demander à ceux qu’on appelle agents de la paix ? Depuis quand dormir sous un arbre est-il devenu une infraction ?
Mais il n'y a pas de quoi s’étonner de la part d’élus municipaux qui considèrent que les mégots et la gomme à mâcher sont les problèmes les plus graves que vivent présentement les citoyens. Des élus municipaux qui adoptent des règlements qui permettent de donner des contraventions à des gens, de préférence des sans-abri, qui osent s'asseoir sur des blocs de béton. Le crime est punissable d'une amende salée et figure dans la rubrique mauvaise utilisation du mobilier urbain. Ne vous inquiétez pas : si vous n'êtes pas un sans-abri, il y a peu de chance que vous receviez une pareille contravention. Mais attention dormir sous un arbre deviendra peut-être la prochaine infraction punissable par la loi.
Il y aurait de quoi rire si la situation n’était pas si triste. Il y a des milliers de personnes qui errent dans la ville sans toit, sans nourriture, victime de harcèlement constant, mais cela ne semble pas préoccuper la ville de Montréal. Elle adopte même des règlements pour les expulser des endroits publics. Il y a une expression pour qualifier tout cela: nettoyage social.
Je propose qu'on confie aux policiers, aux cadets de la police et aux gens de Jeunesse au soleil le soin de prendre soin des plus vulnérables et de s’assurer qu’aucune violence ne leur soit faite. Je suis fermement convaincu que cette nouvelle vocation ferait de nombreux adeptes, y compris parmi les plus vulnérables.
Serge Lachapelle
Résident du Plateau
(Photo: Jacques Pharand)