Les artistes craignent d'être chassés du secteur Maguire
Au cours des prochaines années, Montréal investira 9 M$ dans le secteur Saint-Viateur Est, où elle a identifié un potentiel de 3 millions de pi2 à développer. Déjà, les artistes du 5455 de Gaspé sentent le vent tourner.
En marge de l'installation d'Ubisoft et de la présence de nombreuses compagnies des technologies de l'information, le quartier change de visage. Devant la pression sur les prix de l'immobilier, les artistes, qui sont nombreux dans cette portion du Mile End, craignent de devoir s'exiler.
Le problème est en train de toucher le 5455 de Gaspé. Ce bâtiment jadis occupé par des entreprises du textile est désormais presque en totalité loué par des artistes. Designers, peintres, graveurs, photographes, musiciens: C'est une véritable ruche bourdonnante de fièvre créatrice.
Récemment, l'édifice a changé de mains. Le nouveau gestionnaire, la compagnie Camcorp Développement, a commencé à envoyer des augmentations de loyer qui atteignent 18 % à certains locataires. Il veut également réduire la durée des baux, qui étaient jusque là de cinq ans. L'inquiétude grimpe chez les artistes, qui consacrent déjà une bonne partie de leurs subventions à payer le loyer.
Une quarantaine d'artistes et des représentants des citoyens de Mile End étaient réunis vendredi dernier au Labcréatif, un collectif de designers de mode situé au 9e étage du bâtiment. Ils ont profité de la visite du maire Gérald Tremblay, invité par la Corporation de développement économique communautaire (CDEC) locale, pour exprimer leurs craintes. Ils souhaitent que la ville intervienne afin de garantir des locaux à prix décents pour garder les ateliers d'artistes dans le quartier.
«Le Quartier des spectacles est indispensable pour la reconnaissance internationale de la créativité à Montréal, mais cela n'empêche pas la création d'un quartier d'artistes», a convenu le maire Tremblay.
La CDEC Centre-Sud/Plateau-Mont-Royal explore plusieurs pistes pour doter le secteur d'une «zone créative», à l'intérieur de laquelle au minimum 15 % des projets développés seraient réservés à des ateliers d'artistes.
Le maire Tremblay a promis de revenir et de s'asseoir plus longuement avec les locataires pour mettre les problèmes à plat. Toutefois, s'il existent des solutions, elles devront émerger du milieu. «Vous devez nous faire des propositions, nous soumettre des projets», a-t-il déclaré. Rendez-vous est donc pris.
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Jacques Pharand)