Le nombre de reprises reste élevé sur le Plateau
La situation que vit cette famille est loin d’être un cas isolé. En 2008, le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) recense un millier de reprises dans la province. Depuis le début de l'année, une soixantaine de locataires évincés ont demandé de l'aide au Comité logement du Plateau Mont-Royal.
«Chaque année, depuis 2000, le nombre de reprises ne cesse d’augmenter. Il est passé de 80 à 198 en 2005, selon la Régie du logement. Il s’agit de locataires qui habitent depuis longtemps au même endroit. En quittant leur logement, ils doivent aussi souvent quitter le quartier», indique Simon Dumais, coordonnateur de l’organisme.
Le défi est considérable pour les familles qui cherchent à se reloger dans le secteur. Il existe très peu de grands logements à prix abordables disponibles. Le taux d’inoccupation pour les appartements de 3 chambres à coucher frisait le 0 % sur le Plateau en 2007, selon la Société canadienne d’hypothèque et de logement. De plus, les prix augmentent sans cesse. Entre 2006 et 2007, le prix moyen d’un logement de 3 chambres est passé de 947 $ à 1084 $.
Le proprio obtient gain de cause dans 75% des cas
Les recours pour les familles délogées sont peu nombreux. Sur les 1050 dossiers de reprise de logement déposés au Québec en 2007-2008, la Régie donnera raison au propriétaire et les locataires devront partir dans 75 % des cas.
Il faut être en mesure de prouver que le propriétaire du logement ne le reprend pas pour ses propres besoins ou pour reloger un membre de sa famille. «Tout le fardeau repose sur les épaules du locataire. Après qu’il a quitté, il peut aller vérifier sur place si c’est bien le propriétaire qui l’occupe. Mais même si ce n’est pas le cas, cela ne lui fera pas récupérer son logement», explique M. Dumais.
Depuis plusieurs années, le Comité logement du Plateau demande un moratoire sur la reprise de logement. Le milieu communautaire s’est mobilisé pour réclamer la création de 5 000 logements sociaux dans le quartier au cours des cinq prochaines années. «On écrit des lettres, on organise des assemblées publiques: pas de réponses», signale M. Dumais.
Politique familiale
Une solution consisterait à réserver des terrains appartenant à la Ville pour y construire du logement social. Les seuls terrains qui pourraient se libérer prochainement sont les garages de la STM, rue Fullum, et la cour de voirie située à l’angle des rues Saint-Grégoire et Christophe-Colomb.
Dans le cadre de sa politique familiale, lancée la fin de semaine dernière, l’arrondissement a énoncé sont intention de réserver une certaine proportion de grands logements à prix abordable dans les projets qui prendront place sur ces terrains. Ce n’est toutefois pas encore pour demain.