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Le Plateau
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Poursuivi pour 6 millions de dollars

Carole le Hirez par Carole le Hirez
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Article mis en ligne le 17 mai 2008 à 9:00
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Poursuivi pour 6 millions de dollars
Alain Deneault est docteur en philosophie de l'Université Paris-VIII et chercheur en sociologie à l'UQAM. Il s'est notamment intéressé aux paradis fiscaux. Il anime Ressources d'Afrique, un collectif qui s’emploie à analyser le rôle des sociétés canadiennes en Afrique. (Photo: Jacques Pharand)
Poursuivi pour 6 millions de dollars
Alain Deneault a des raisons ne pas fermer l'œil la nuit. Le sociologue, chercheur à l'UQAM, est poursuivi avec les deux autres coauteurs de Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique et la maison d'édition Écosociété par la firme aurifère Barrick Gold. Un exemple de SLAPP qui «vise à intimider des gens sur des sujets qui gênent», estime le résidant du Plateau.
Quand les avocats de Barrick Gold ont envoyé une mise en demeure, le mois dernier, pour retarder la parution du livre publié par le collectif Ressources d'Afrique, Alain Deneault a été le premier surpris. «Ce livre est la somme d'études et de documents déjà connus. Nous n'apportons aucun fait nouveau. Nous n'avons fait que rassembler des cas qui sont de notoriété publique», indique l'auteur. «On nage dans l'absurde. Nous voudrions faire machine arrière que nous ne pourrions pas, car toutes ces recherches sont disponibles un peu partout», estime-t-il.

La firme Barrick Gold reproche aux auteurs d'avoir publié des allégations sur l'entreprise sans en avoir vérifié la véracité. Le livre reprend notamment des témoignages accusant la firme de s'être livrée à des expropriations violentes en Tanzanie.

Barrick Gold est un des principaux producteurs d'or à l'échelle mondiale. Elle exploite 27 gisements. En 2007, elle a généré plus de 8 millions d'onces d'or, en plus de cuivre et d'argent. Le siège social de la compagnie est situé à Toronto. Au Québec, la compagnie possède des installations à Val-d'Or.

La minière est une des nombreuses compagnies canadiennes pointées du doigt dans l'ouvrage pour ses pratiques discutables dans les pays en développement. Intervention de l'armée pour dégager une mine de grévistes, corruption, pillage organisé sont autant d'exemples cités dans le livre. «Il y a tellement de sources sur tellement de cas que l'on ne peut pas errer totalement. Il y a certainement une part de vrai dans tout cela», estime l'auteur.

Sa principale motivation: informer le public pour lui permettre de faire des choix plus éclairés. «Les gens ont le droit d'être informés sur ces pratiques. Après tout, ce sont nos épargnes, par l'intermédiaire des REER et autres fonds de placement, qui financent les activités de ces entreprises cotées à la bourse de Toronto», souligne Alain Deneault.

Le chercheur se dit victime d'un SLAPP, cette pratique de plus en plus utilisée par les grosses sociétés pour bâillonner l'opinion publique. Le principe: on lance des poursuites de plusieurs millions contre des individus ou des groupes d'intérêt disposant de peu de moyens pour leur casser les reins. «Ce procédé pervertit les institutions judiciaires. C'est une véritable atteinte à la liberté d'expression», s'insurge Alain Deneault.

Dans son coin de quartier, le discret chercheur est devenu une célébrité. Invité à de nombreuses tribunes au cours des dernières semaines, son visage est reconnu. Il n'est pas rare qu'on vienne le saluer, l'encourager et surtout le questionner, comme au café Les Entretiens, rue Laurier, où il a ses habitudes.

«On m'interpelle souvent. Les gens ne me disent pas : on t'a vu à la télé, mais on est rendu à tel chapitre de ton livre. C'est encourageant. Cela démontre que les gens veulent être informés.»

Comment réagit-il au fait d'être poursuivi pour 6 M$ ? «On est abasourdi, mais on ne sent pas seul. Nous ne sommes pas des têtes brûlées, mais des chercheurs qui font leur travail sérieusement. On a reçu tellement de soutien que l'on ne considère plus cela comme une affaire personnelle. Ce n'est plus le problème de quelques individus qui sont dans une galère. Cela devient un débat de société», estime Alain Deneault.

Au cours des prochains jours, le collectif mettra sur pied un comité de soutien et de financement ainsi qu'un site Internet pour rassembler un vaste mouvement de mobilisation. Le rapport de force entre le géant de l'or et les modestes chercheurs pourrait s'en trouver ébranlé. Le rôle de David et de Goliath dans cette affaire ne reviendra peut-être pas à ceux que l'on imagine.

(Photo: Jacques Pharand)

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