Établissements d’hébergement touristique: éviter l’erreur de la rue Saint-Hubert
Depuis quelques années, le nombre de gîtes et de résidences touristiques ne cesse d'augmenter. Le ministère du Tourisme du Québec établissait, le 1er décembre 2007, la présence au Québec de 1605 gîtes et de 1958 résidences de tourisme. Si la ville de Montréal ne possède que 140 gîtes et 85 résidences de tourisme sur l’ensemble de son territoire, la majorité (70%) sont situés dans les quartiers Centre-sud et Plateau Mont-Royal.
Le quartier Centre-sud a été grandement affecté par l’adoption en 2002 de la Loi sur les établissements d’hébergement touristique, qui permet maintenant l’ouverture de service hôtelier dans une résidence. Sous l’ancienne Loi sur l’hôtellerie, il était interdit de le faire à Montréal. L’article 9 de cette loi précisait :
«Nul ne peut fournir à un voyageur, moyennant paiement, le logement ou la nourriture dans une maison particulière, sauf si cette maison est située dans une municipalité où il n'y a ni établissement hôtelier, ni restaurant, ou si, dans les établissements hôteliers ou les restaurants de la municipalité, il n'y a pas l'espace et l'aménagement suffisants pour recevoir tous les voyageurs.»
Faut-il préciser qu’il y a actuellement dans le seul arrondissement Ville-Marie plus de 13,600 chambres d’hôtels disponibles et qu’on prévoit en ouvrir 1,000 autres d’ici deux ans. C’est dans cette optique que les arrondissements de la ville de Montréal ont adopté des règlements d’urbanismes qui n’autorisent pas l’ouverture des gîtes touristiques de moins de quatre chambres.
Actuellement, le ministère du Tourisme sème à tout vent des attestations de classification pour les établissements d’hébergement touristique sans se soucier du respect des règlements municipaux. Des logements et maisons de chambres ont ainsi été transformés en hôtels, en gîtes et en résidences de tourisme .Pour résultat que des rues entières sont sur le point de se transformer en zone hôtelière.
L’exemple de la rue Saint-Hubert est assez frappant. Dans une étude conjointe de la ville de Montréal et du Ministère des Affaires culturelles du Québec sur la mise en valeur du patrimoine montréalais, publié en 1991 dans le livre Pignon sur rue – les quartiers de Montréal, ont nous présentait une photo de la rue Saint-Hubert entre les rues Ontario et de Maisonneuve comme un bel exemple de l’architecture résidentielle de Montréal. Sur la photo, on peut apercevoir de belles maisons, des résidences et des maisons de chambres et un petit bar situé au rez-de-chaussée.
Aujourd’hui sur cette même section de rue, on retrouve maintenant huit hôtels, un gîte, une résidence de tourisme et toujours un petit bar. Pour l’ensemble de la rue Saint-Hubert, entre les rues Viger et Sherbrooke - moins de 1.5 km - on retrouve 16 hôtels, 3 gîtes et 2 résidences pour tourisme.
Le même phénomène commence à se répéter sur d’autres rues qui sont actuellement résidentielles : quatre gîtes sur les rues Alexandre-de-Sève, Saint-Christophe; cinq gîtes et une résidence de tourisme formée de plusieurs maisons sur la rue Montcalm et tous les autres gîtes qui ouvrent ici et là dans le quartier.
Il faut agir maintenant pour éviter que le quartier Centre-sud se transforme en une immense zone hôtelière et se vide de ses résidants.
André Querry
Résidant du quartier Centre-sud