Joyeux Noël de votre chroniqueur André Montmorency.
Conte vécu
Sœur Ange Gabriel sévissait au jardin d’enfance St-Alexis. Elle pouvait être terrible pour certains élèves, mais elle avait un chouchou: le petit Momo.
Le petit Momo était particulièrement exhibitionniste et ce, de naissance, mais sœur Ange avait décelé en lui de la graine de saint. Elle en eut la confirmation quelque temps après la première communion des élèves alors qu’elle avait décoré la classe d’un Jésus de Prague entouré de fleurs, le tout érigé sur son grand pupitre d’enseignante.
Ce jour-là, le petit Momo, au moment où la cloche de récréation tintait la délivrance, avait quitté les rangs des élèves, le long du mur, et s’était dirigé vers l’autel improvisé, comme aspiré par le Jésus de Prague. Il s’était agenouillé devant lui en se signant soigneusement et lentement comme on venait de lui montrer quelques mois auparavant.
Sœur Ange, émue aux larmes, avait fait résonner un coup de claquette bien retentissant et avait annoncé, pointant d’un doigt sixtinien le petit Momo, nimbé qu’il était par la grâce: «Voilà ce que c’est un petit saint.»
Le petit Momo se releva et rentra dans les rangs fier de sa performance, mais faisant celui qui n’avait rien entendu.
Sœur Gabriel, qui avait aussi découvert chez l’enfant une âme de peintre, lui demanda pour illuminer le Noël 1945 de dessiner un paysage d’hiver sur l’immense tableau noir du fond de la classe. Momo exulta: toutes les craies de couleur y passèrent. Des collines, des maisons un peu croches, il est vrai, des dizaines de sapins, l’Église tout illuminée…
L’œuvre terminée, Gabriel invita toute l’école à venir admirer le premier chef-d’œuvre de celui qui deviendrait quelque 55 ans plus tard le grand Pablo Van Momo.
Un petit hic cependant, petit Momo était excessivement narcissique. Premier de classe, il avait droit au premier pupitre à l’avant, près de la porte d’entrée de la classe.
Il n’apercevait donc jamais son œuvre qui éclatait de fraîcheur naïve sur le mur du fond derrière lui.
Il imagina alors un stratagème dont il resterait fier toute sa vie…Après une journée d’examen. Il arriva à la maison en se plaignant à sa mère que l’école lui en demandait trop: dessiner le tableau, dire ses petits compliments devant la classe. De plus, Il fallait qu’il apprenne la chanson «Pardon monsieur le Métayer» qu’il devait chanter bientôt, accompagné de tout le chœur de l’école pour la visite de la plus haute autorité des sœurs de la Providence: la Mère Provinciale. Sa mère resta de glace et téléphona à Sœur Ange; et Momo, caché derrière une porte, n’arriva pas à entendre les propos d’Alice.
Le lendemain, il retourna au Jardin d’enfance amer et déçu de la réaction de sa mère. L’avant-midi à peine amorcé, dès que sœur Ange Gabriel jeta son premier regard sur lui, Momo en profita pour porter la main à son front en signe de faiblesse.
Sœur Gabriel s’approcha affolée et lui dit: «Votre mère m’a prévenu que vous étiez de santé fragile, allez vous reposer dans la petite berceuse au fond, face à votre tableau».
«Merci ma sœur», répondit petit Momo d’une voix faible et, un peu étourdi par le trac qu’il avait ressenti pendant son numéro, se dirigea chancelant vers ladite petite berceuse et s’y installa.
Se berçant, il rêva à sa future carrière de... peintre… d’écrivain, d’acteur ou qui sait d’architecte…
Perdu dans ses choix, il décida d’attendre et d’attraper le premier métier qui s’offrirait à lui.