Commission Bouchard-Taylor: Villeray se fait entendre
«Comme on a beaucoup de gens qui viennent d’Algérie et sont de religion musulmane, cette année pour le repas de Noël, nous avons préparé la tourtière avec de la viande halal. Ainsi, on a partagé ce repas des fêtes entre Québécois de toutes origines». Avec 30% d’immigrants, le quartier Villeray est familier avec la notion d’accommodements raisonnables. Et sa voix sur cette question s’est faite entendre par le biais du Projet Rapprochement des communautés culturelles, qui a présenté un mémoire devant la commission Bouchard-Taylor.
Le mémoire intitulé Le dialogue interculturel a été déposé par Luigi Spadari, coordonnateur du Projet Rapprochement des communautés culturelles de Villeray, Andrés Fontecilla, coordonnateur du Conseil communautaire Solidarités Villeray, et Micheline Roy de la Maison de quartier Villeray.
Son contenu est le fruit d’une démarche originale. Plus de 40 personnes provenant de 8 groupes communautaires du quartier ont participé à une consultation. Elles ont pu s’exprimer sur certains thèmes : les pratiques d’harmonisation, l’intégration à la société québécoise, la laïcité dans les écoles.
«Les commentaires qui ont été émis lors de ces rencontres nous ont fait
comprendre que la majorité des individus présents percevaient la situation actuelle non pas comme une "crise sociale", mais davantage comme une période de réflexion», peut-on lire dans le document.
Les pratiques d’harmonisation
Alors que jusque dans les années 1990 la population de Villeray était composée majoritairement de Québécois francophones, aujourd’hui plus de 50 langues sont parlées dans les foyers de ce quartier dont le visage a changé. Le tiers de la population est née à l’extérieur du pays. Les nouveaux immigrants viennent d’Algérie, du Maroc, d’Haïti et des pays de l’Amérique latine.
À ce titre, «les ajustements concertés sont des pratiques qui se développent déjà dans le quartier depuis les 15 dernières années», fait-on valoir.
Constat intéressant : «Pour la majorité des Québécois de toutes origines qui fréquentent le réseau communautaire de Villeray, les pratiques d’harmonisation et les accommodements raisonnables correspondent aux valeurs qui prédominent dans les organismes : la participation sociale, les prises en charge individuelles et collectives, la recherche d’équité et de justice sociale.»
En majorité, les participants aux discussions ont reconnu que la religion relève «du domaine de la vie privée et qu’elle se vit chez soi ou dans les lieux de culte». Le mémoire soutient en ce sens que «c’est un processus sain de tenir compte des besoins des individus. Toutefois, il faut être capable de poser des limites».
On affirme d’autre part que «la réciprocité des ajustements est nécessaire et souhaitée pour favoriser une cohabitation harmonieuse».
L’intégration à la société québécoise
Lors des échanges, les participants ont identifié des facteurs qui ont contribué à faciliter leur participation à la société québécoise.
Si l’intégration au marché de l’emploi a été pointée comme une condition importante pour développer le sentiment d’appartenance, la connaissance de la langue française a également été citée comme un élément clé.
Alors que les immigrants sont conscients de l’importance d’une bonne connaissance du français pour leur permettre de s’intégrer, le mémoire rappelle que «les ressources qui leur sont offertes sont insuffisantes». On souligne que dans le quartier, 200 personnes sont sur la liste d’attente pour suivre des cours de français.
La laïcité dans les écoles
Le mémoire insiste par ailleurs sur le fait que «les écoles jouent un rôle essentiel dans le rapprochement interculturel avec les enfants des différentes communautés culturelles et leurs familles. Dans ces lieux se construit l’identité du Québec de demain».
Et parlant d’écoles, la majorité des participants ont réaffirmé le choix d’une école laïque. «C’est à cette condition que l’école peut accueillir et développer le plein potentiel des jeunes de toutes origines».
«Dans ce contexte, affirme-t-on, l’école peut jouer un rôle d’éducation aux valeurs de la société en facilitant les relations interculturelles.»
Promouvoir une intégration au-delà de celle strictement réservée à l’emploi, investir davantage dans les cours de français, respecter l’égalité entre les hommes et les femmes, intensifier le travail de collaboration entre les écoles et les milieux associatifs, favoriser des espaces de dialogue et d’échanges interculturels (formations, ateliers, cafés-rencontres, etc.) Le mémoire propose toute une série d’orientations.
Luigi Spadari insiste sur l'importance de créer des espaces de dialogue. Les organismes communautaires et de loisirs créent justement des espaces de parole et contribuent ainsi à un rapprochement interculturel.
Conclusion du mémoire : «Les ajustements concertés sont encore la meilleure façon de faciliter l’intégration des personnes de toutes origines.»
On estime que «toutes les pratiques d’harmonisation doivent se faire dans le respect des valeurs québécoises comme l’égalité entre les hommes et les femmes, la justice sociale et le respect des choix individuels».
Enfin, peut-on lire, «malgré que certains ajustements concertés suscitent la controverse, nous croyons qu’ils doivent être évalués individuellement. Chacun apporte son lot de conséquences positives ou négatives».