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Le dialogue interculturel

Mémoire présenté à la Commission par Le projet de Rapprochement des communautés culturelles de Villeray

Article mis en ligne le 7 décembre 2007 à 11:54
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Le dialogue interculturel
Mémoire présenté à la Commission par Le projet de Rapprochement des communautés culturelles de Villeray
Les forums régionaux qui se tiennent actuellement à la grandeur du Québec ont inspiré les consultations qui se sont tenues auprès du réseau communautaire de Villeray durant les dernières semaines. Situé au centre-nord de l’île de Montréal, le quartier Villeray est le plus ancien quartier de l’arrondissement Villeray-St-Michel-Parc-Extension. Jusque dans les années 1990, sa population était composée très majoritairement de Québécois francophones.

Aujourd’hui, la proportion d’immigrants qui vivent à Villeray est

d’environ 30%, ce qui représente près de 20 000 personnes. Rapidement, le quartier se transforme et accueille de nouveaux immigrants qui viennent principalement du Maghreb, des Caraïbes et d’Amérique latine.

Les thèmes proposés par les responsables de cette commission suscitent beaucoup d’intérêt dans le réseau communautaire. C’est pourquoi le projet de Rapprochement des communautés culturelles de Villeray a invité la population du quartier, les intervenants et intervenantes de plusieurs organismes à s’exprimer sur quelques thèmes qui sont discutés dans le cadre de ces consultations à l’échelle de la province.

Des Québécoises et Québécois de toutes origines se sont déplacés pour parler ouvertement de leurs expériences de cohabitation.

Au début de chaque rencontre, nous avons établi les « règles du jeu » : nous avons écouté les points de vue de chacun jusqu’au bout, sans interruption. Chacun ne réagissait aux propos exprimés qu’uniquement pour soutenir la réflexion de l’autre. Pendant environ une heure, les participants ont adopté une approche intellectuelle qui a relégué la critique et le jugement au placard. Ils ont partagé leurs expériences, leurs émotions, et leurs idées.

Le dialogue s’est déroulé dans le respect de chacun. Nous avons ainsi pu construire des ponts qui ont facilité le rapprochement interculturel et grâce auxquels nous avons pu démentir plusieurs préjugés.

Dans ces lieux de rencontres et de dialogue interculturel, un lien de confiance s’est développé grâce à la franchise des propos et le respect des individus qui nous ont raconté leurs expériences. Les commentaires qui ont été émis lors de ces rencontres nous ont fait comprendre que la majorité des individus présents percevaient la situation actuelle non pas comme une « crise sociale », mais davantage comme une période de réflexion.

Cette volonté commune de faire le point est caractérisée par le besoin de revoir l’accueil, l’intégration et la cohabitation dans le quartier.

Les thèmes retenus dans ce dialogue interculturel sont les suivants : les pratiques d’harmonisation, l’intégration à la société québécoise et la laïcité dans les écoles.
Projet de Rapprochement des communautés culturelles de Villeray

Origine, mandat et caractéristiques
Villeray est le plus ancien quartier de l’arrondissement Villeray-St-Michel-Parc-Extension et les résidants et résidantes qui fréquentaient, jusqu’à tout récemment, les groupes communautaires étaient en très grande majorité des Québécois et des Québécoises d’origine canadienne- française. Depuis une dizaine d’années, les groupes communautaires ont vu s’accroître le nombre de leurs participants et participantes qui proviennent de l’immigration récente : de l’Algérie, du Maroc, d’Haïti et des pays de l’Amérique latine.

Les organismes et institutions publiques du quartier réunis au sein du Conseil communautaire Solidarités Villeray (CCSV) et du Regroupement pour de

développement de Villeray (RDV) ont décidé d’un commun accord de soutenir et de développer les interventions visant l’intégration des personnes des communautés culturelles à la vie associative de Villeray. Dans ce but, le projet de Rapprochement des communautés culturelles a été mis sur pied.
Nos objectifs :
o Favoriser la réflexion concernant le rapprochement interculturel

o Bonifier les stratégies d’accueil et d’intégration des organismes communautaires

et des organismes ethnoculturels

o Développer des supports à la communication pour faciliter les échanges entre les

organismes communautaires et les personnes issues de l’immigration.

o Développer des liens significatifs avec les groupes ethnoculturels du quartier
Nos actions :
o Soutenir les organismes du quartier pour adapter leurs activités aux besoins des

communautés ethnoculturelles

o Organiser des activités de formation avec les intervenants et intervenantes

o Développer les liens entre l’école et la communauté

o Produire annuellement la revue L’action interculturelle de Villeray afin de

diffuser nos expériences de rapprochement interculturel dans le quartier et ses

environs.

o Rédiger mensuellement une chronique interculturelle dans le journal

communautaire Le Monde.

Les participants et participantes à ces consultations sont membres ou partenaires du CCSV. Ces « volontaires » ont émis leurs opinions personnelles, elles et ils ne se sont pas présentés aux rencontres avec le mandat de représenter un organisme. Nous voulions connaître le fruit de leur réflexion et de leurs expériences. Ces consultations ont rassemblé 40 personnes provenant de huit groupes communautaires de Villeray. Les groupes communautaires participants sont : l’Association des locataires de Villeray, le Bureau de la communauté haïtienne de Montréal, le Centre des femmes d’ici et d’ailleurs,

le Conseil communautaire Solidarités Villeray, le Centre d’orientation et de prévention en alcoolisme et toxicomanie latino-américain (COPATLA), La Jouthèque de Villeray, la Maison de quartier Villeray et Myosotis.
Les pratiques d’harmonisation
Les Québécois et les Québécoises francophones du quartier Villeray avaient eu, jusqu’à tout récemment, à composer surtout avec une immigration en provenance d’Europe (d’Italie et du Portugal surtout). Villeray connaît maintenant une période de changements accélérée qui est marquée entre autres par l’arrivée d’une immigration plus diversifiée.

La proportion de ces individus nés à l’extérieur du Canada et qui viennent s’établir dans le quartier est, rappelons-le, d’environ 30 %. Dans ce contexte, les ajustements concertés sont des pratiques qui se développent déjà dans le quartier depuis les 15 dernières années.

De plus, les structures mêmes des organismes et du milieu communautaire favorisent les échanges, le dialogue et l’implication responsable des résidants du quartier au «mieux vivre ensemble».

Les pratiques d’harmonisation interculturelles s’accordent donc bien avec l’objectif du projet de Rapprochement des communautés culturelles de Villeray qui vise la pleine intégration de tous et toutes à la collectivité.

Pour la majorité des Québécois et Québécoises de toutes origines qui fréquentent le réseau communautaire de Villeray, les pratiques d’harmonisation et les accommodements raisonnables correspondent aux valeurs qui prédominent dans les organismes : la participation sociale, les prises en charge individuelles et collectives, la recherche d’équité et de justice sociale.

Comme on a beaucoup de gens qui viennent d’Algérie et sont de religion

musulmane, cette année pour le repas de Noël, nous avons préparé la

tourtière avec de la viande halal. Ainsi, on a partagé ce repas des fêtes entre

Québécois de toutes origines.

La cohabitation dans un contexte de diversité culturelle est une invitation individuelle à s’ouvrir sur plus grand que soi. Toutefois, l’impact de ces pratiques d’harmonisation et d’accommodements raisonnables se fait ressentir sur l’identité québécoise individuelle et collective. L’identité québécoise se transforme plus vite à Montréal qu’en région.

Par ailleurs, certains comportements nouvellement acquis par les Québécois et Québécoises d’origine canadienne-française sont perçus comme un enrichissement culturel.

« Je suis Québécoise d’adoption depuis 40 ans. Je ne crois pas que nous

ayons une identité une fois pour toutes. Bien sûr, nous avons un patrimoine

culturel, mais il s’y ajoute toujours d’autres choses. Depuis 1963, je trouve

effectivement que les Québécois ont énormément changé. Par exemple, je

viens d’un pays où on se donne la main pour se saluer. Au Québec, dans ce

temps-là, les gens se saluaient à distance. Maintenant, ils s’embrassent! »

D'une part, les Québécois s’interrogent sur leur propre attitude vis-à-vis l’accueil aux immigrants et d’autre part plusieurs immigrants trouvent que les Québécois n’affirment pas assez leur culture.

« Les Québécois ont peu tendance à affirmer leur culture. Dans d’autres

pays, tu te rends compte que tu es ailleurs, qu’il y a une histoire, des traditions, des choses qui sont visibles et que tu ressens. Mais on l’a très peu ressenti ici sauf pour les cabanes à sucre et la fête du 24 juin. Peu de choses ressortent qui te font dire : « Ça c’est vraiment le Québec».

La dimension religieuse des pratiques d’ajustements soulève par ailleurs beaucoup d’émotions. Parce que les symboles religieux, comme le crucifix, font partie du patrimoine culturel et historique du Québec, les personnes qui ont gardé la foi dans les dogmes catholiques autant que ceux et celles qui se définissent comme « athées » conservent un attachement aux signes extérieurs de la religion catholique et se sentent interpellés personnellement par ce changement d’identité collective.

En majorité, les participants et participantes du réseau communautaire de Villeray reconnaissent que la religion relève maintenant du domaine de la vie privée et qu’elle se vit chez soi ou dans les lieux de culte.

C’est un processus sain de tenir compte des besoins des individus. Toutefois, il faut être capable de poser des limites. En effet, la réciprocité des ajustements est nécessaire et souhaitée pour favoriser une cohabitation harmonieuse.

«Le recours à la justice pour régler des différends doit demeurer une

instance de dernier recours. Tout le monde y va avec le gros bon sens, s’il y

a un problème, il faut s’en parler entre nous, si cela ne fonctionne pas, on va

plus haut.»

Les situations où les ajustements concertés et les accommodements raisonnables sont dépeints comme « exagérés » sont considérées comme des exceptions qui confirment la règle. Ces controverses ont été alimentées par certains médias qui en ont fait largement état, ce qui n’a fait que contribuer aux malentendus concernant la compréhension à l’égard des accommodements raisonnables reliés aux différences culturelles.
L’intégration à la société québécoise
L’intégration est une terminologie abstraite, souvent difficile à expliquer, c’est pourquoi chacun l’adapte selon sa propre expérience et le vit à sa manière. En parlant ouvertement de leurs histoires personnelles lors des consultations, les participants et les participantes ont identifié des facteurs qui ont contribué à faciliter leur participation à la société québécoise, et particulièrement à celle du quartier.

L’intégration au marché de l’emploi est certainement une condition importante pour développer le sentiment d’appartenance des immigrants et immigrantes à la société. Mais ce facteur à lui seul n’est pas suffisant. La connaissance de la langue française est un atout majeur dans la création du réseau social qui se bâtit dans le quartier de résidence des familles. Le soutien offert aux familles immigrantes par les organismes communautaires et les institutions du quartier contribue aussi à un « vivre ensemble » plus harmonieux.

« En tant qu’immigrante, la première étape de mon intégration a été de me

trouver un emploi et assurer ma sécurité financière. Si cela s’était arrêté là,

je ne me serais pas sentie intégrée. Ensuite, je me suis impliquée dans mon

quartier et j’ai commencé à développer mon sentiment d’appartenance. Le

fait d’avoir eu des enfants m’a rapproché des institutions. Cela a été un

apport important à mon intégration. Je connaissais déjà le français, c’était

donc plus facile. »

Les immigrantes et immigrants sont conscients de l’importance d’une bonne

connaissance de la langue française pour leur permettre de travailler, de se maintenir en emploi et de s’intégrer à la collectivité québécoise. Mais les ressources qui leur sont offertes sont insuffisantes ; dans le quartier Villeray, 200 personnes sont sur la liste d’attente pour suivre des cours de français.

Par ailleurs, il se trouve aussi des Québécois et des Québécoises qui méconnaissent les efforts et les difficultés que peuvent vivre les personnes immigrantes. En effet, pour ces personnes qui n’ont pas l’occasion d’échanger, de dialoguer avec leurs concitoyens et concitoyennes de différentes origines, il leur est difficile d’être affectées par leurs expériences particulières. C’est pourquoi les organismes communautaires et de loisirs qui créent des espaces de parole contribuent de cette façon à un rapprochement interculturel.

« On doit avoir un atelier pour connaître la culture du Québec. J’ai déjà pris

un atelier dans un centre communautaire et c’était très bon. J’étais avec des

Québécoises et des femmes d’autres cultures. »

Les écoles jouent un rôle essentiel dans le rapprochement interculturel avec les enfants des différentes communautés culturelles et leurs familles. Dans ces lieux se construit l’identité du Québec de demain. Les parents souhaitent également que leurs enfants conservent en mémoire le récit de leurs origines, et cela, même si ces derniers sont nés au Québec.

« Je me sens Québécoise, selon les moments, les jours. Les expériences

importantes de ma vie je les ai vécues ici. J’ai le sentiment que ce pays

m’appartient aussi. Il arrive que la personne que j’ai en face de moi, me

renvoie l’image que je ne suis pas Québécoise. À mes enfants qui sont nés

au Québec, je leur dis de se souvenir de leur origine haïtienne : « On va

tellement vous le rappeler que si vous la lâchez, vous allez perdre tous vos

repères ». Pour combien de générations cette situation va durer? Je ne sais

pas. »

Souvent les familles émigrent parce que le mari a une possibilité d’emploi. Les femmes ne trouvant pas d’emploi sont confinées à la maison. Leur intégration au marché du travail et à la société québécoise est réduite. Et lorsqu’elles travaillent, les femmes immigrantes sont cantonnées à des emplois sous-payés et peu valorisés.
La laïcité dans les écoles
C’est à la suite d’un long débat qui a duré pendant quelques décennies que les Québécois et les Québécoises ont opté pour une école ouverte sur le monde moderne. Et c’est pourquoi, aujourd’hui, les institutions scolaires montréalaises sont laïques et accueillent dans leurs classes autant d’élèves de diverses origines.

La majorité des participants et participantes aux dernières consultations du réseau communautaire de Villeray ont réaffirmé le choix d’une école laïque pour les secteurs primaire et secondaire. Le modèle de l’école « laïque ouverte » devrait permettre la présence du religieux sous une forme qui ne compromettra pas la neutralité de l’État.

C’est à cette condition que l’école peut accueillir et développer le plein potentiel des jeunes de toutes origines. Plusieurs religions sont pratiquées dans Villeray et plus de 50 langues sont parlées dans les foyers du quartier. Dans ce contexte, l’école peut jouer un rôle d’éducation aux valeurs de la société en facilitant les relations interculturelles. De plus, l’ouverture de l’école sur la communauté offre une occasion aux parents de s’impliquer dans les structures décisionnelles tout en partageant une vision commune soit la réussite scolaire de leurs enfants.
Conclusion
Les ajustements concertés sont encore la meilleure façon de faciliter l’intégration des personnes de toutes origines contrairement aux opinions qui sont émises dans certains médias. Le réseau associatif du quartier Villeray facilite la cohabitation des diverses cultures car il permet l’implication et la participation de tous et toutes.

De ces pratiques d’harmonisation et d’accommodements raisonnables, c’est la dimension religieuse qui retient principalement l’attention. Sur cette question, l’identité des Québécois et Québécoises d’origine canadienne-française est vivement interpellée. Sans doute parce que le débat sur la laïcité dans les écoles n’est pas complètement achevé, mais surtout parce que la religion catholique fait partie du patrimoine historique et culturel.

Toutes les pratiques d’harmonisation doivent se faire dans le respect des valeurs

québécoises comme l’égalité entre les hommes et les femmes, la justice sociale et le respect des choix individuels. Malgré que certains ajustements concertés suscitent la controverse, nous croyons qu’ils doivent être évalués individuellement. Chacun apporte son lot de conséquences positives ou négatives.

L’intégration des personnes immigrantes et des communautés ethnoculturelles à la société québécoise est une tâche importante, voire indispensable. Les occasions de rapprochement interculturel peuvent soutenir cette recherche d’une cohabitation harmonieuse, de solidarité et de dialogue afin que nous puissions assurer ensemble le futur de la société québécoise.
Recommandations
1. Promouvoir une intégration au-delà de celle strictement réservée à l’emploi.

2. Investir davantage dans les cours de français pour les personnes immigrantes.

3. Respecter l’égalité entre les hommes et les femmes.

4. Promouvoir les écrits liés aux événements locaux dans un souci d’informer la

population du quartier et de l’arrondissement sur les expériences de cohabitation.

5. Diffuser plus d’information sur le Québec, son histoire et sa culture.

6. Profiter de l’expérience de différentes cultures pour mieux comprendre les

conséquences liées à la cohabitation interculturelle et pour trouver des solutions à des situations particulières.

7. Intensifier le travail de collaboration entre les écoles et les milieux associatifs.

8. Favoriser des espaces de dialogue et d’échanges interculturels : formations,

ateliers, « cafés-rencontres ».

9. Opter pour un modèle de « laïcité ouverte » dans les écoles.

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