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Un point de vue à contre-courant

Commission Bouchard-Taylor

Geneviève Allard par Geneviève Allard
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Article mis en ligne le 1 décembre 2007 à 9:00
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Un point de vue à contre-courant
Pour l’Ahuntsicoise Aïda Baghjajian, les accommodements raisonnables sont, de manière générale, bidons. Elle en fait d’ailleurs état dans un mémoire qu’elle a envoyé aux commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor le 16 octobre dernier. (Photo: Éric Carrière)
Un point de vue à contre-courant
Commission Bouchard-Taylor
«Il nous est facile de tracer ici une piste à nos gouvernants en matière d’accommodements en vous rappelant une phrase célèbre du dirigeant turc Mustapha Kemal Atatürk. “L’homme qui a besoin de la religion pour gouverner est un lâche”». Cette phrase tirée du mémoire présenté à la Commission Bouchard-Taylor et présentée par la municipalité d’Hérouxville, l’Arménienne d’origine Aïda Baghjajian ne la digère pas. «Je suis abasourdie et bouche bée que l’on cite en exemple la Turquie sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles, la Turquie qui a commis un génocide [arménien] pour nettoyage ethnique», annonce-t-elle tout de go.
Ce qu’Hérouxville soutient comme discours, Mme Baghjajian ne le renie pas complètement. «Ce qu’ils disent est très important, ils ont été les premiers à parler de ce qui les dérangeait, mais moi je dis non à la laïcité et non à la reconnaissance d’Atatürk», explique-t-elle lors d’un entretien téléphonique, rappelant au passage que le gouvernement québécois a déjà reconnu le génocide arménien.

Pour la résidante d’Ahuntsic, elle-même contre toute forme d’accommodement raisonnable, il y a trois types d’acteurs dans toute l’histoire des accommodements raisonnables. La majorité silencieuse, dont elle dit faire partie, les intégristes laïques, tels qu’Hérouxville, et les gens honnêtes qui reconnaissent l’importance des racines judéo-chrétiennes du Québec, et qu’elle appuie.

Pour celle qui habite Ahuntsic depuis environ trois décennies, Hérouxville pourrait entraîner le Québec sur une pente dangereuse, par leur «intégrisme laïque.» Je veux des sapins, je veux des croix dans les hôpitaux, pour que les gens sachent qu’ils sont dans un milieu où il y a des racines.»

Selon elle, qui vit dans l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville où plus de 7% sont d’origine arménienne, «il faut manquer de jugement pour proposer au gouvernement du Québec de suivre le chemin de Mustapha Kemal Atatürk.»
Non aux accommodements raisonnables
Pour Mme Baghjajian, les accommodements sont, de manière générale, bidon. Elle en fait d’ailleurs état dans un mémoire qu’elle a envoyé aux commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor le 16 octobre dernier.
Bidons? «Oui, parce que quand on dit qu’on donne trop aux immigrants, c’est souvent faux, on leur donne rien! Et quand on parle de franciser les nouveaux arrivants, bon nombre d’entre eux parlent déjà la langue et n’arrivent même pas à trouver du travail», cite-t-elle en exemple.

Pour garantir le succès de l’intégration des immigrants et assurer la «survie» du peuple québécois, l’ancienne vice-présidente de l’Association progressiste conservateur d’Ahuntsic de 1989 à 1993 et survivante du cancer a plusieurs idées en tête.

Mme Baghjajian veut qu’une agence de bénévolat soit créée par le gouvernement pour offrir des cours individuels ou pour de petits groupes. «Nous disons aux nouveaux arrivants, surtout à ceux qu’on envoie en région qu’il n’y a pas de cours de français pour débutant, que le nombre d’élèves n’est pas suffisant pour former une classe. On brime l’immigrant dans ses droits pour une intégration convenable», édicte-t-elle dans son mémoire.

La citoyenne est de celles qui croient que de la bonne volonté peut résoudre bien des choses, et qu’il n’y a pas que l’argent comme solution.

Mme Baghjajian souligne aussi la nécessité de voter une loi pour que les cours de langues aux immigrants soient intouchables, comme ils ont subi des régimes minceur au cours des années précédentes.

De plus, l’Ahuntsicoise souhaite qu’une charte des droits de la société soit créée et ait préséance sur celle des droits et libertés. «Il faut que cette charte garantisse l’identité judéo-chrétienne et montre que les droits de la société passent avant les droits individuels», souligne-t-elle, justifiant du même coup le fait qu’elle soit contre le port du kirpan ou de la burka dans les écoles. Toujours selon son mémoire, les immigrants ne devraient porter aucun signe discriminatoire. Leur religion se pratiquera dans l’intimité de leur domicile ou dans leur lieu de culte. «Et le laïcisme se fera également dans l’intimité», souligne-t-elle à gros traits.

Ensuite, Aïda Baghjajian désire que l’immigrant soit soumis à l’apprentissage des valeurs judéo-chrétiennes, par un petit livre préparé par le gouvernement et expliquant l’histoire et la religion du Québec et du Canada, soit «le catholicisme et le protestantisme». Les enfants eux devraient être soumis à des cours sur les valeurs chrétiennes, ceci sous-tendant que les cours de religion soient réinstaurés dans les commissions scolaires. «C’est pour mieux comprendre, pas pour les assimiler, assure-t-elle. Moi-même j’ai vécu au Liban et en Égypte, des pays arabes où la religion chrétienne est enseignée, même aux enfants musulmans.»

Mme Baghjajian, sans remettre en cause l’utilité de la Commission Bouchard-Taylor, croit qu’une autre commission serait nécessaire pour déterminer si les Québécois veulent que les droits de la société passent avant les droits personnels.

«Il faut se parler calmement, sans attaquer les autres», conclut-elle.

Encore bien impliquée, l’Ahuntsicoise prépare présentement un livre sur nombre de ses écrits et où elle dévoilera sa double identité. En effet, il appert où toutes les fois qu'elle a signé ses lettres ouvertes de son vrai nom, elle n’a pas été publiée dans les médias. Mais lorsqu’elle utilise un pseudonyme bien québécois, ses textes ont été mis en page. C’est à suivre…!
Série d’articles
Les thèmes les plus souvent abordés lors du premier forum de citoyens de la Commission Bouchard-Taylor à Montréal ont été la laïcité, l’intégration au travail, la francisation et le rôle des médias dans la «crise» des accommodements raisonnables. Votre journal se penchera sur des quatre grands dossiers au cours des prochaines semaines. À suivre!



(Photo: Éric Carrière)

Vos commentaires

En réponse à Mme Baghjajian

Bernard Thompson
Article mis en ligne le 1er décembre 2007
Madame Baghjajian,

je salue votre intervention mais en même temps souhaiterait amener une précision quant à l’utilisation de la citation d’Atatürk au mémoire que je présentais à la Commission Bouchard-Taylor en compagnie de M Drouin le 24 octobre dernier à Trois-Rivières.

Cette phrase ne conduisait aucunement à une réflexion sur la laïcité mais indique plutôt que le Canada qui accorde la priorité à la suprématie de Dieu à l’article premier de la Charte des droits et libertés de la personne, appelle nos juges et avocats, ceux qui gouvernent présentement le pays, à n’appuyer leur jurisprudence que sur une base religieuse lorsqu’un accommodement religieux fait l’objet d’un recours juridique. Ils semblent oublier que le législatif a son rôle à jouer dans leurs décisions. Hérouxville ne souhaite plus voir cette charte égarer davantage l’esprit des juges qui l’appliquent. C’est pourquoi nous avons demandé qu’elle soit amendée de manière à ce que la suprématie de Dieu ne soit plus objet de primauté face aux autres droits qu’elle mentionne. De cette façon, nous éviterions que le fondamentalisme religieux, celui de maintes religions, ne prenne davantage toute la place et s'érige en diktat.

En ce qui a trait à la laïcité, vous prêtez è Hérouxville des intentions que nous n’avons jamais exprimées. La laïcité à tout crin n’est aucunement notre débat. Par ailleurs, nous ne pouvons ignorer 400 ans d’histoire religieuse du jour au lendemain et effacer de notre mémoire collective tout signe religieux sous prétexte d’en admettre d’autres. À cet égard, je crois que vous avez parfaitement raison de souhaiter un état laïc plus nuancé, et c’est là également notre position. Cependant, notez que l’arbre de Noel n’est qu’une tradition et n’est aucunement un symbole religieux, étant païen à l’origine. Quant au crucifix, il représente un héritage de notre passé et sa disparition de l’espace public n’est qu’une question de temps. Je demeure respectueux de ceux qui vont encore à la messe le dimanche et ont la foi, même si je ne peux, comme eux et elles, sentir cette obligation m’envahir.

Quant aux immigrants, Hérouxville partage entièrement votre avis quant à l’abandon dont ils sont victimes à leur arrivée. Pourquoi? Peut-être, comme nous le suggérions, que nous ne leur avons jamais dit ce à quoi ils devaient s’attendre en venant ici! D’ailleurs, les nouveaux arrivants devraient aussi découvrir ce que nous avons été pour mieux comprendre ce que nous sommes. Curieusement, c’est ce que nous défendons depuis janvier 2007. Si les médias avaient lu nos documents avant de ne parler que de lapidation et excision, ils auraient convenus que les gouvernants que nous dénonçons dans ce débat sont les seuls responsables des résultats actuels en l’absence de politiques saines de gestion sociale.

J’ose espérer que cette courte intervention puisse vous suggérer que nous sommes beaucoup plus modérés que vous ne le croyez à Hérouxville.

Je vous invite d’ailleurs à communiquer avec nous, nous serons très heureux de poursuivre le dialogue. Lorsque j’habitais Ahuntsic il y a 4 ans, j’écoutais Aznavour
rue Clark. Peut-être m’avez-vous déjà entendu le fredonner dans une promenade?

Bernard Thompson
Hérouxville
Co-auteur du mémoire déposé à la commission Bouchard-Taylor.


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