Les Amis de la montagne souhaitent aménager un espace consacré aux vélos de montagne sur le mont Royal. Pour le moment, les adeptes du sport, comme Jason Michel Lambert, doivent se rabattre sur des sentiers présents depuis une dizaine d’années, mais tout de même interdis au cyclistes.
(Photo: Jacques Pharand)
La montagne aux vélos
Pour pallier au problème des cyclistes de montagne qui endommagent les sous-bois et la forêt du mont Royal, les Amis de la montagne, flanqués de représentants de Mountain Equipment Co-op et des deux ordres de gouvernement, ont lancé la semaine dernière un projet d’intervention pour l’encadrement des vélos de montagne sur le site.
«La situation est de plus en plus préoccupante depuis les 15 dernières années, soutient Sylvie Guilbault, directrice générale des Amis de la montagne. Par définition, le vélo de montagne cherche toujours sa montagne et, à Montréal, nous en avons une seule. Le problème est que ça dégrade le milieu naturel et crée des conflits entre les différents usagers.»
Selon la directrice générale, plusieurs initiatives ont été mises en place par le passé, sans grand succès. «Il y a environ dix ans, un ingénieur avait clôturé les sous-bois, mais ça s’est fait un peu en vain.» Des patrouilleurs ont aussi tenté de dissuader les aventureux cyclistes, mais ces tentatives se sont révélées complexes et vaines.
La différence cette fois-ci est que le projet mobilisera tant du financement privé que public, en plus de sonder des gens qui pratiquent le vélo de montagne. L’ensemble du projet prévoit quatre volets, dont deux seront mis de l’avant au cours des six prochains mois.
Il est donc question d’analyser des sites où se pratique le vélo de montagne et de connaître le profil des amateurs de ce sport, d’identifier et de réaliser des sites spécifiques à la pratique du vélo de montagne, de mener une vaste campagne de sensibilisation auprès de cyclistes et du grand public et enfin de renaturaliser les sites endommagés sur le mont Royal.
«Nous allons aussi faire la cartographie des circuits interdits utilisés par les cyclistes. S’il n’y a pas d’alternative, on ne règle pas le problème.», dit-elle.
«Ça me semble très bien, juge Jason Michel Lambert, un cycliste de montagne de 34 ans, adepte du sport depuis environ 15 ans. Le chercheur du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) pratique la descente sur le mont Royal depuis environ 10 ans, ainsi qu’à Bromont.
Pour lui, le risque d’un tel projet est toutefois qu’il devienne trop organisé. «Ça enlève au naturel de la chose.»
Préserver l’environnement
Le mont Royal n’est pas le seul endroit où des circuits pour les vélos de montagne pourraient être installés. Mme Guilbault, citant en exemple la ville de Calgary où un espace a été aménagé sous une autoroute, compte bien étudier plusieurs possibilités, que ce soit autour de l’Université de Montréal ou ailleurs sur l’île. «L’important est que ce ne soit pas dans des milieux fragiles où il y a une haute valeur écologique», souligne-t-elle.
Pour Jason Michel Lambert, une roue n’est pas plus responsable de la dégradation de l’environnement qu’une chaussure. «Les arbres qui sont par terre le sont déjà et ça fait dix ans que les sentiers existent, je ne pense pas que les cyclistes abîment plus la nature que les piétons.»
Qui plus est, le Montréalais considère que les cyclistes ont à cœur la préservation et le respect de la montagne justement parce qu’ils l’utilisent. Nombre de cyclistes sur la montagne sont d’ailleurs des professionnels comme lui qui pratiquent leur sport après le travail.
Hors des sentiers battus?
Mais l’intérêt pour les cyclistes de montagne n’est-il pas justement d’expérimenter des sentiers non balisés?
«Les cyclistes nous disent que non, explique la directrice générale des Amis de la montagne. Le problème est qu’ils ne peuvent être redirigés ailleurs ou même ramenés à l’ordre, parce qu’il n’y a pas d’autres endroits à Montréal.»
Pour le moment, les cyclistes peuvent aller à Bromont, mais les Amis de la montagne et leurs partenaires souhaitent justement garder les sportifs sur l’île.
«Oui, souvent c’est ce qui est le plus le fun. Si on aménage des pistes, il faudra que ça n’ait pas l’air d’un parc d’attractions, mais d’un endroit naturel», réitère M. Lambert.
Le cycliste aimerait d’ailleurs que deux zones soient créées, une où on laisserait la nature suivre son cours sans trop d’intervention «humaine» et une plus aménagée. Les cyclistes de montagne qui aiment les obstacles et les rampes pour faire différentes figures y trouveraient aussi leur compte. D’ailleurs, certains ont déjà pris les devants en plaçant des structures de bois pour faire des obstacles sur les sentiers présentement utilisés, ce qui ne plaît pas vraiment à M. Lambert
Le réseau de vélo de montagne ne sera vraisemblablement pas prêt pour le printemps ou l’été 2008, mais Mme Guilbault soutient que le groupe vise le cours ou le moyen terme. «Ça va prendre un consensus.» Par exemple, si le site retenu est le mont Royal, il faudra que toutes les instances impliquées s’entendent. «Le défi est grand parce qu’il n’y a pas beaucoup de place sur la montagne», concède-t-elle. Un dossier à suivre !
(Photo: Jacques Pharand)