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Un appel aux enfants de la loi 101

Carole le Hirez par Carole le Hirez
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Article mis en ligne le 12 septembre 2007 à 9:00
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Un appel aux enfants de la loi 101
Jean-Claude Corbeil a vécu de près toutes les étapes de la politique linguistique québécoise. (Photo:Éric Carrière)
Un appel aux enfants de la loi 101
Alors que la Charte de la langue française vient de fêter son 30e anniversaire, Jean-Claude Corbeil, un des pères de la politique linguistique québécoise, tire la sonnette d'alarme. «On a baissé la garde. Il faut redoubler de vigilance face à la langue française». Il tend le flambeau aux enfants de la loi 101, grands consommateurs de culture américaine.
La loi 101 est devenue une sorte de mythe pour les nouvelles générations. Une relique intouchable dont les héritiers de la Charte de la langue française n'ont aucune connaissance réelle. Cette constatation a frappé Jean-Claude Corbeil en mai 2004, alors qu'il venait de présenter une conférence sur l'origine de la politique linguistique québécoise devant des étudiants de l'Université de Montréal. «À la fin de la présentation, une étudiante scandalisée m'a interpellé: C'est de votre faute si on ne sait rien! Personne ne nous en a jamais parlé et vous n'avez rien écrit sur le sujet!»

De ce reproche est né L'Embarras des langues, paru le mois dernier chez Québec Amérique. Jean-Claude Corbeil retrace dans cet ouvrage de plus de 500 pages les soubresauts qui ont mené à l'accouchement de la loi 101. Il y explore la concurrence entre l'anglais et le français depuis la Conquête, et s'y penche sur l'état de la langue dans le Québec moderne.

Le constat qu'il dresse est inquiétant: «Les gens font leur vie quotidienne sans tenir compte de la loi 101. On dirait qu'on est revenu à une sorte de tolérance. On est redevenu fasciné par l'anglais comme langue internationale, un phénomène dopé par la consommation des produits américains», estime-t-il.
Un artisan de la Charte
Jean-Claude Corbeil connaît le sujet sur le bout des doigts. Il a été l'un des principaux artisans des grandes législations qui ont marqué la Révolution tranquille. Au début des années 70, directeur linguistique de l'Office de la langue française, il supervise l'implantation du français comme langue de travail. Dans la foulée, il participe à la rédaction de la Loi sur la langue officielle (la loi 22) et de la Charte de la langue française (la loi 101). À la fin des années 90, après avoir coordonné la mise sur pied de plusieurs centres de linguistique en pays francophones, il reprend du service auprès de Louise Beaudoin, qui prépare sa proposition de politique linguistique.
L'actualité semble prêter fondement à ses inquiétudes. Le mois dernier, la loi 104, adoptée en 2002 dans le but de colmater une faille de la loi 101 qui permettait aux enfants de s'inscrire à l'école anglaise publique après avoir fréquenté pendant un an une école anglaise privée non subventionnée, a une nouvelle fois été remise en cause par un groupe de parents. «C'est la cinquième fois que nous devons aller devant la Cour suprême sur ce sujet», souligne-t-il.
Faillite nationale
Face à la qualité du français d'aujourd'hui, l'auteur a la dent dure. «L'enseignement du français est une faillite nationale scandaleuse. On laisse les jeunes se complaire dans la langue de l'enfance.» Exemple: les conjonctions de coordination, les «mais où et donc or ni car», qui introduisent la suite logique des idées sont délaissées. Résultat des courses: «Les universités sont unanimes à dénoncer la piètre qualité du français de leurs étudiants.»
La faute à qui? «On a perdu de vue l'objectif de l'enseignement du français langue maternelle, qui consiste à permettre aux enfants d'accéder à une langue d'adulte, à favoriser l'intégration des immigrants et à contribuer au maintien du statut de la langue.»

Dans le milieu de travail, l'exigence de plus en plus marquée pour l'anglais préoccupe le linguiste. Une dérive qui risque selon lui de nous ramener au même point qu'avant l'adoption des lois linguistiques. «Les certificats de francisation sont accordés sur la base de l'écrit, car on pensait que cela entraînerait la modification du parler. Or, on constate que l'anglais continue à être très utilisé dans le langage de tous les jours au travail.»

L'auteur considère qu'il est grand temps d'alerter l'opinion publique afin de faire pression sur les gouvernements. «La bataille linguistique comme nous l'avons connu au temps de la crise de Saint-Léonard n'est pas une affaire finie. La vigilance est toujours de mise. Il faut demeurer exigeant face à l'Office de la langue française. Si on ne le fait pas sérieusement, on court un réel danger.»

(Photo:Éric Carrière)

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