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Dame Plume

Article mis en ligne le 22 août 2007 à 13:51
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Dame Plume
André Montmorency; vanmomo[:AC:]videotron.ca.
Dame Plume
Quand j’ai appris que l'on avait retrouvé le présumé assassin de Denise Morelle, je n’ai eu aucune réaction. Chaque fois que j’apprends la mort de quelqu’un, d’ailleurs, la première véritable émotion se fait attendre au moins 48 heures. J’ai été appelé par tous les journaux, les bulletins de nouvelles, etc. et ce n’est qu’au bout d’une semaine que j’étais prêt à répondre aux questions et à expliquer ce que j’ai ressenti.

Sur le coup: Oh joie ! Enfin !

Mais dans les jours qui suivirent, j’ai lu dans les journaux la description de son calvaire. J’y ai appris des choses que j’ignorais et que j’aurais préféré ne jamais savoir. Sur le coup, j’ai tout lu, presque par automatisme, et ce n’est que le lendemain que j’ai ressenti une grande révolte à l’idée que tous ses proches allaient revivre le même cauchemar…

Était-ce vraiment nécessaire de l’assassiner une seconde fois ?

Pour tous ceux qui l’ont aimée et qui sont encore hantés par le sombre tableau de ce meurtre sordide et abject, je vais tout simplement vous raconter Denise pendant un voyage en Italie:la Denise vivante, la Denise drôle, la Denise que tout le monde adorait.

O Sole Mio…

Imaginez Denise Morelle du haut d’un clocher de Bergame chantant une sérénade italienne à plein poumon, multipliant les vibrati de pseudo Colorature et allant même parfois jusqu’à nous pousser un contre-ut qu’elle trichait avec une maestria irrésistible. Dame Plume à son zénith!

Denise en costume de bain une pièce parodiant l’entrée d’Esther Williams dans une piscine de Florence agitant le pied fébrilement, relevant la tête pour nous faire partager toute la noblesse de la grande Esther. Elle étire ses deux bras derrière comme des ailes, prête à s’envoler et amorce enfin le plongeon pour aller se fracasser l’orteil sur le bord du plan d’eau, le tout arrosé d’un grand rire sonore.

Denise descendant une allée des jardins du Lac de Côme comme si elle en était la châtelaine et, cassant, tout à coup un de ses talons hauts en lançant un mémorable «Shit!».

Denise maquillée comme une diva pour assister à Aïda aux Arènes de Vérone,

se creusant les joues, posant un regard circulaire en agitant ses faux cils, comme si elle était venue encourager ses camarades chanteurs.
Chez Marshall
Nous sommes à La Galerie des Offices, rien de moins, à Florence et nous consacrons l’avant-midi à la découverte des Botticelli.

Imaginez les merveilles: la Naissance de Venus, le Printemps, une Vierge à l’enfant.

Denise est particulièrement attirée par le Printemps où l’héroïne, si je puis m’exprimer ainsi, porte un magnifique manteau de fleurs, de feuilles, mettez-en d’la parure.

Denise est pâmée et pendant une bonne dizaine de minutes, elle scrute, analyse de son œil malin chaque pan de tissu, chaque fleur du somptueux manteau.

Elle recule enfin, me regarde et me lance :

- C’est tellement beau on se croirait chez Marshall !!! (Marshall était une institution de l’ouest de la ville où l’on trouvait les plus beaux tissus importés).

Elle n’avait pas dit sa phrase, qu’elle pointe son doigt vers moi et m’ordonne:

- Répète jamais ça !

Et moi de rétorquer :

- Tu sais très bien que ça va être répété.

J’entends encore son grand rire faussement indigné et je me rends compte que j’avais presque oublié que je l’aimais autant. Jamais quelqu’un ne m’aura fait autant rire.

Vos commentaires

La meilleure façon de parler des morts...

Mario Landerman
Article mis en ligne le 31 mars 2008
...est de leur prêter vie, ne serait-ce que le temps d'une chronique.

Vous avez su magistralement faire revivre Denise Morelle au travers de ces quelques courtes anecdotes. Merci.

Mario Landerman

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