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Le Plateau
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L’institution

Article mis en ligne le 24 juillet 2007 à 13:14
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L’institution
André Montmorency vanmomo[:AC:]videotron.ca
L’institution
Dupuis Frères, le grand magasin à rayons de mon enfance, fut l’institution qui a éveillé ma première flamme nationaliste. Il n’était pas question pour tout bon canadien-français d’aller magasiner chez Eaton, ce magasin snob de l’ouest de la ville où il était de toute façon impossible, la plupart du temps, de se faire servir en français. Mais parlons du magasin d’Hector Dupuis. Tout le monde ou presque qui habitait le Centre-sud avait un parent proche ou éloigné qui travaillait pour ce grand magasin.

Ma famille était gâtée. Mon oncle Arthur était chef à la réception des marchandises et mon grand-père était gardien des toilettes. Avec deux parents à la barre, je me croyais propriétaire du magasin. Je m’y rendais tous les jours après la classe. Je visitais chaque étage, saluais mes employés, vérifiais la marchandise. Particulièrement dans le département de la papeterie, mon préféré, où je pouvais acheter le papier imitation rocher qui me servait à fabriquer la crèche de Noël dans la chambre de ma tante qui, pour l’occasion, déménageait ses meubles dans celle de mémére. Une autre raison de mon attachement à cette vénérable maison: j’y ai quand même fait mes débuts de comédien.

Dès ma première année au Jardin d’Enfance Saint-Alexis et dès que je sus le premier compliment que m’avait appris mademoiselle Trudel, j’imaginai un stratagème pour enfin monter sur une scène. Je déléguai pépére aux relations avec la direction et j'obtins facilement la permission de faire bloquer une porte d’ascenseur à 17 h 30, heure de fermeture du magasin. Il suffirait alors de surélever la cage d’ascenseur de 2 pieds et j’avais ma scène.

À partir de 16 h, je faisais le tour du magasin pour annoncer ma prestation. Dès que la cloche de fermeture avait fini de résonner, mon public enfin attroupé devant mon petit théâtre improvisé, je me faisais hisser sur scène et récitais le Bon Garçon de Louis Ratisbonne, suivi du beau salut des sœurs. Le torse penché vers l’avant, la tête relevée bien droite souriant au public. En rappel, je chantais Per un Bacio d’Amore dans un italien approximatif que j’avais appris avec une petite voisine de la rue Saint-Thimothée, quartier italien de l’époque et incubateur de la maffia montréalaise.
Mon éducation sexuelle
Les vitrines de Dupuis Frères ont eu une importance capitale pour mon éducation sexuelle. Chaque mois, les étalagistes se faisaient un devoir d’en changer le décor. Donc chaque mois, il fallait déshabiller les mannequins pour leur enfiler de nouvelles robes.

Pour ce faire, on tirait de grandes toiles pour cacher ce sein que j’aurais bien voulu voir. Il suffisait que je me pointe près de la vitrine quelques minutes après la fermeture des toiles, de repérer une petite ouverture oubliée et j’assistais à mes premiers strip-tease. J’allais attendre 20 ans avant d’en revoir, un vrai celui-là: la grande et sculpturale Lili Saint-Cyr au Champs en 1967.

J’espère que ces déclarations étonnantes sur ma sexualité d’antan n’attiseront pas les braises du grand questionnement: Naît-on homosexuel ? Le fait qu’à sept ans, je reluquais de faux seins en plâtre et qu’à 28 ans, je «bouchebéais» devant la grande Lili ne prouve pas que je ne suis pas né gay. That’s it, that's all !!! Oui je fus attiré par le beau sexe mais je dus changer mon fusil d’épaule, mes gènes et mon ADN n’ayant jamais été aussi mêlés qu’au moment où j’honorais la femme.

J’allais m’embarquer dans une autre savoureuse anecdote qui se passait chez Dupuis Frères mais manquant de temps et surtout d’espace ce n’est que partie remise. Ciao !

P.S.: Ceux qui n’ont pas encore vu Helen Mirren dans The Queen, courez louer le DVD. Jamais Oscar n’a été autant mérité.



vanmomo@videotron.ca

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