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Des travaux qui dérangent

Alain Perron par Alain Perron
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Article mis en ligne le 20 juillet 2007 à 11:50
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Des travaux qui dérangent
Isiais Lopes, commerçant depuis 35 ans sur la Main. (Photo: Jacques Pharand)
Des travaux qui dérangent
Exaspérés par les travaux en cours depuis l’automne dernier, des commerçants du boulevard Saint-Laurent réclament de l’aide de la Ville de Montréal. Plusieurs ont vu leur chiffre d’affaires fondre comme un popsicle sur le bitume de la Main.
La Ville de Montréal a entrepris un vaste chantier de reconstruction et de revitalisation du boulevard Saint-Laurent. Tout sera refait, tant les infrastructures souterraines (aqueduc, égout) qu’en surface, bitume, trottoirs, lampadaires, plantations d’arbres, etc. Le coût des travaux, entre Sherbrooke et Mont-Royal, est évalué à 25 millions $.

Se rendre et se déplacer sur le boulevard Saint-Laurent relèvent du combattant. Avant d'arriver à notre rendez-vous, nous avons d'abord cherché une place de stationnement, sans succès. Chose normale à toute heure du jour le long de la Main, avec ou sans travaux.

Impossible non plus de traverser à pied le boulevard puisqu’un séparateur routier du type New Jersey coupe l'artère en deux sur toute sa longueur. De toute façon, vaut mieux traverser aux intersections… même lorsqu'il n'y a pas de travaux. Il a fallu attendre qu'une rétrocaveuse (pépine) termine sa manœuvre, à l’angle Rachel et Saint-Laurent, avant de traverser le chantier au pas de course. Le bruit de la machinerie est assourdissant. Une odeur de goudron flotte dans l'air. Le trottoir inégal est rafistolé provisoirement avec de l'asphalte.

Sur la porte d'entrée Chez le Portugais, une feuille de papier est collée informant que le restaurant est fermé exceptionnellement le midi en raison des travaux. «Le restaurant est habituellement ouvert le midi tous les jours l'été. Là, je ne peux vraiment pas. Personne ne vient ici avec l’état de la rue», mentionne Henrique Laranjo, propriétaire du restaurant et porte-parole des commerçants mécontents.

Les hôteliers hésitent maintenant à recommander le boulevard Saint-Laurent à leur clientèle en raison de plaintes de la part de touristes, maintient M. Laranjo
Façon de procéder
Subissant des inconvénients depuis sept mois, des commerçants mettent aujourd’hui en doute la façon de procéder. «Au lieu d'avoir trois équipes qui travaillent tout le long du boulevard, pourquoi ne procède-t-on pas par section Dultuh-Rachel, Rachel-Marie-Anne, Marie-Anne-Mont-Royal? Une fois qu'on en termine une, on passe à une autre», suggère le restaurateur.
«Nous n'en avons pas contre les travaux, mais contre la façon dont ils sont menés», insiste Henrique Laranjo. Il note par exemple que les travailleurs commencent leur journée à 7h et terminent vers 15h. «Pourquoi ne pas créer deux équipes, de jour et de soir. Les fins de semaine, il ne se passe rien. On ne parle pas d'une petite rue, mais de la Main», insiste-t-il.

Isiais Lopes montre le trottoir (une bande d'asphalte) en face de sa boutique de souvenirs qu'il tient depuis 35 ans. «Il y avait un trou ici, pendant deux mois. Juste là, collé sur la bâtisse. On avait installé des planches en bois qui passaient au-dessus du trou pour donner accès à mon magasin. En marchant sur ces planches, les gens rebondissaient comme sur un tremplin, illustre-t-il en mimant le mouvement digne d'un Alexandre Despatie au tremplin de trois mètres! Il y a beaucoup de personnes âgées qui viennent se procurer les journaux en langue portugaise. Je devais les escorter pour qu'elles ne chutent pas», témoigne-t-il.

Les inconvénients se vivent certes sur la rue, mais également à l’intérieur des commerces. Les commerçants doivent, entre autres, composer avec les coupes de service d’eau. Lors de la mise sous pression des nouveaux conduits d'aqueduc, la force fut telle que la vieille tuyauterie de l’immeuble qui abrite le commerce de tissus de Joe Hauptman n’a pas tenu le coup. «Les tuyaux ont cédé au deuxième étage. Des plombiers ont passé deux jours à réparer. Les gars travaillaient dans la cave de service, en terre, imaginez l’odeur qui envahissait mon magasin lorsque la trappe était ouverte», raconte-t-il en montrant les taches laissées par l’eau sur le tapis.
Perte financière
Joe Hauptman ouvre son tiroir-caisse et exhibe un billet de vingt et un autre de cinq dollars. «Vous trouvez ça normal? Ça me coûte des milliers de dollars en loyer et en taxes». Impossible pour lui de garder ses trois employés. Impossible aussi pour ses clients de se stationner face à sa boutique. «Les gens ne peuvent tout de même pas transporter des rouleaux de tissu de plus de 20 livres à l'autre bout de la rue», ajoute-t-il.
Les commerçants se sentent oubliés. Ils ont fait circuler une pétition afin de faire bouger les choses. Mardi, plus de 250 signatures avaient été recueillies. «Il est trop tard pour rattraper les pertes subies, prétend Henrique Laranjo. Nous engendrons moins de taxes, c'est aussi une perte pour les gouvernements provincial et fédéral en TVQ et TPS».

Certains commerçants retiennent le paiement de leur compte de taxes municipales en raison de leur mécontentement.
Patience et longueur de temps
À la Société de développement du boulevard Saint-Laurent, la directrice générale Sandré Fénelon multiplie les réunions depuis le début de la semaine. «Nous avons convenu d'assurer une meilleure communication avec nos membres, avec la Ville et avec les responsables du chantier. Nous sommes conscients que certains membres éprouvent des difficultés pour le paiement de leurs taxes. Nous tentons d'en arriver à une entente avec la Ville. Tout recours collectif est écarté, contrairement à ce qui a été avancé», informe-t-elle.
«Il faut être logique et continuer dans le même sens, exprime Mme Fénelon. Le premier scénario prévoyait une durée des travaux pendant 24 mois. Nous avons obtenu une échéance plus raisonnable de 13 mois. Nos membres ont profité d'une trêve aux Fêtes et au mois de juin, nous organiserons des fins de semaine de liquidation en remplacement de la vente trottoir. La moitié des travaux sont terminés et prendront fin au mois de novembre». (Photo: Jacques Pharand)

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