André Montmorency
vanmomo[:AC:]videotron.ca
La samba des tramways
Youpi ! Bravo ! Alléluia ! Je lève mon chapeau au bon maire Tremblay, car il me ramène les p’tits chars de mon enfance.
J'avais à peine 5 ans, je ne savais pas encore lire et j’adorais me promener en tramway. Mémére me permettait deux trajets: celui du trolleybus de la rue Amherst-Christophe-Colomb qui me conduisait jusqu’à l’avenue du Mont-Royal où papa travaillait. Il était opticien d’ordonnance chez le réputé Conrad Touchette qui faisait les lunettes des artistes. Imaginez, papa avait poli les verres de Dominique Michel! Avec un père acoquiné de telle façon au milieu artistique, j’étais persuadé que j’allais réussir.
Une fois par semaine, je prenais le trolley au coin Ontario et Amherst et je descendais au coin de De La Roche et Mont-Royal, quand j’avais repéré l’enseigne du magasin de lingerie pour dames ADELINE écrite en grosses lettres au-dessus de la vitrine.
En sortant, je n’avais qu’à me diriger vers la droite et j’étais tout de suite rendu chez Conrad. Avant de monter les étages pour pénétrer dans la boutique, je continuais mon chemin pour voir si mon père n’était pas à la taverne où, me disait-il, il était plus simple de rencontrer ses clients en toute confidentialité.
Le 1112 Mont-Royal
Le saint des saints des montures que portaient les vedettes. La caverne d'Ali Baba des grosses boîtes de chips en métal cachées dans le fond du garde-manger de Monsieur Touchette qui habitait un appartement luxueux au-dessus du commerce.
La garde de ce palais était parfois confiée à mon père les fins de semaine et je l’accompagnais. Je vidais les boîtes de chips et je pleurais devant les miroirs en récitant des poèmes (j’avais alors 13 ans).
L’autre trajet permis était plus bucolique. Dans le seul but de déguiser une balade en tramway en balade en train, je prenais le p’tit char Saint Denis et j’allais jusqu’au bout de la ligne. Nous arrivions au Long Sault et là, l’humble tramway devenait locomotive à vapeur et je traversais le Far West grâce à la garnotte qui avait remplacé l’asphalte, laissant voir les rails et toute l’armature de bois. Ce furent mes premières escapades en train.
@ST:Le tram du troisième millénaire
Je ne peux qu’exulter: papa Tremblay est aussi fou que moi. En plus, il veut faire payer le monde qui rentre à Montréal. N’importe quand ! Je suis entièrement d’accord à condition….de leur en donner pour leur argent. De beaux trams tous différents les uns des autres! Je m’explique: il y aura une armature, une base de tramway dessinée par quelqu’un de compétent chez Bombardier, mettons. Mais le recouvrement de cedit véhicule serait confié à autant d’artistes québécois qu’il y a de trams.
On pourrait le peindre, un autre le sculpter en y ajoutant des bouts de fer: je pense évidemment à Vaillancourt. Le Festival Juste pour Rire pourrait faire faire un moulage du bonhomme de Vittorio en résine synthèse. Pendant le Festival de Jazz, le trolley pourrait être transformé en trombone à coulisse. Quant au tram qui traverserait le village gay, un moulage de Mado pourrait faire l’affaire! Je me propose, d’ailleurs, pour concocter le tram des journalistes, maintenant que j’occupe la respectable fonction de chroniqueur.
Je délire, vous me direz ? N’empêche que si j’étais Gérald, J’engagerais les artistes tout de suite. Imaginez Montréal sillonnée d’oeuvres d’art ambulantes…
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