André Montmorency.
Doublage: arrêtons de négocier !!!
Oh, qu’il s’en dit des bêtises à propos du doublage des films américains au Québec !
D’abord, j’en ai par-dessus la tête que l’on parle de doublage en québécois, alors que nous nous décarcassons depuis 50 ans pour le faire en français international. Sous prétexte que nous avons eu, il y a déjà longtemps, l’intelligence de doubler les Pierrafeu et les Simpsons en joual, certains pensent que tout ce que nous traduirons à l’avenir aura cette facture.
Le doublage que nous faisons ici est d’un respect total pour la langue de Molière,
ce qui n’est à peu près plus le cas en France. Je ne vais plus voir les films français, je ne comprends plus ce qu’ils disent. Ici, pendant ce temps, nous sommes obligés d’éliminer des expressions québécoises qui relèvent de l’époque de ce cher Jean-Baptiste, sous prétexte qu’elles ne sont plus employées là-bas
J’ai eu le bonheur de faire la voix de Jim Broadbent dans Moulin Rouge. Le résultat était impeccable. Et j’ai eu droit aux félicitations du réalisateur Baz Luhrmann lui-même que j’avais rencontré par hasard dans un restaurant montréalais, alors qu’il avait visionné notre version la veille. Sa femme, directrice artistique du film, est française et se répandait en éloges sur notre travail.
Les Pirates des Caraïbes et compagnie n’ont jamais souffert de notre accent qui est pur et qui n'est pas trafiqué quand nous jouons. Pourquoi serions-nous obligés d’entendre dans nos salles ce baragouinage hexagonal, truffé de mots anglais qu’ils ne sont même pas foutus de bien prononcer et surtout avec cet accent pourri qui me désole de plus en plus:
- Ma fille - euuuh s’est fait relooker par monsieur Smisse-euuuh (essayez de comprendre Smith) sous la menace d’un flingue-euuuh.
Depuis 1958, je prête ma voix aux séries télé: Bonanza, Star Trek, Skippy le kangourou, pour ne nommer que celles-là. Dans mon métier, le doublage a toujours été le moyen d’expression qui me sauvait la vie les fins de mois, qui me permettait de faire du théâtre à des prix dérisoires quand j’étais plus jeune. Je courais d’un studio à l’autre tellement il y avait de travail. Maintenant, c’est souvent le calme plat; non pas que je sois vieux et qu’il n’y ait plus de rôles pour moi, mais tout simplement parce que nous ne doublons plus des séries comme celles-là: retournées en France et en Belgique, les séries ! Il y a même des studios clandestins à Los Angeles qui font fait faire du doublage à des garçons de café francophones qui rêvent de faire le métier.
On fait rire de nous: si il y a une loi, les Majors nous menacent de retirer leurs films de nos écrans. Ce n’est certainement pas les 60 000 $ que coûte un doublage local, sur parfois des trentaines de millions $ de budget, qui leur feront laisser tomber un marché qui reste lucratif.
Je pense de toute façon que ce ne serait pas une grosse perte, mais il faut accepter l’idée qu’en doublant leurs inepties à recettes, nous gagnons quand même bien notre vie.
Madame la ministre de la Culture, arrêtez de négocier! Mettez le poing sur la table Mme St-Pierre! Vous parlez encore de mesures incitatives, de crédits d’impôts. Ça fait 30 ans que tous les gouvernements essaient et ça ne donne rien. S.V.P. analysez les données suivantes et soyez conséquente :
Votre gouvernement investit dans plusieurs écoles de théâtre au Québec. Une soixantaine de jeunes acteurs arrivent chaque année sur le marché du travail. Une école de doublage a même été ouverte au Conservatoire. Pour plusieurs de ces jeunes qui ne deviendront pas tous, du jour au lendemain des Roy Dupuis et des Sylvie Drapeau, le doublage est un moyen de gagner honorablement s vie dans ce milieu artistique qui se dégrade et qui continuera à se dégrader aussi longtemps que vous ignorerez que les arts ont toujours été le moteur d’un peuple.
Câlice! Que j’ai hâte que Pierre Curzi devienne ministre des Affaires Culturelles, hostie de Tabarnak de Saint-Ciboire !!! Oups ! Pierre Falardeau…SORS DE CE CORPS !
Madame la ministre de la Culture, arrêtez de négocier! Mettez le poing sur la table Mme St-Pierre!