Petites annonces | Enchères au Québec | Appel d'offres | Emplois | Circulaires | Nos Hebdos | Interurbain | Rencontre en ligne | Weblocal
Le Plateau
Accueil
Envoyer ce texte à un ami Imprimer cette page Réagissez à cet article

Ces enfants qui dérangent

Carole le Hirez par Carole le Hirez
Voir tous les articles de Carole le Hirez
Article mis en ligne le 10 mai 2007 à 11:46
Soyez le premier à commenter cet article
Ces enfants qui dérangent
Dr Gilles Julien (Photo: Régent Gosselin)
Ces enfants qui dérangent
À l'ère de l'enfant-roi, difficile d'avouer que notre chérubin dérange. Pourtant, c'est fréquent et pas nécessairement négatif, indique le pédiatre Gilles Julien, qui vient de publier un livre sur le sujet. «Un enfant, ça bouleverse une vie et cela nous force à changer nous-mêmes. Il faut le reconnaître et mettre des mots là-dessus», estime le père de la pédiatrie sociale au Québec.
Une soirée ordinaire au local d'Assistance aux enfants en difficulté, rue Aylwin. Une fillette d'une douzaine d'années s'inquiète. Un groupe de filles l'insulte et la frappe. Elle a peur de rentrer chez elle. Le Dr Julien, qui sort au même moment d'une consultation avec des parents, prête une oreille attentive à sa plainte et la raccompagne à sa porte. Le groupe de harceleuses a pris la poudre d'escampette. Ce n'est que partie remise.

Le Dr Julien les aime, ses enfants. Depuis une dizaine d'années qu'il a créé l'organisme AED au cœur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, il en a vu passer des frimousses, déjà «maganées» par la vie malgré leur jeune âge. Dans cette maison, qui est à la fois un cabinet médical et un lieu de répit, une vingtaine d'enfants viennent chercher chaque jour après l'école ce qu'ils ne trouvent pas chez eux : de l'attention, de l'affection et de la stimulation. Cours de piano, art thérapie, aide au devoir, repas chaud, petits cadeaux : rien n'est négligé pour offrir à ces enfants les mêmes chances qu'aux autres.

En écrivant Vivre avec un enfant qui dérange , paru le 17 avril dernier, le Dr Julien a puisé dans son expérience de 30 ans auprès des familles pour donner un outil au service de l'espérance et de l'amour que mérite, selon lui, tout enfant et tout parent.
Peur d'être jugés
«Comme adultes, nous sommes tous confrontés un jour ou l'autre à un enfant difficile. Quand c'est le nôtre, nous devenons inquiets, nous avons besoin d'aide», déclare le médecin. La plupart du temps, un parent dont l'enfant dérange par son comportement n'ose pas en parler. Il essaie de composer avec la situation. «Le système juge facilement les parents. Dans les milieux défavorisés, ils n'ont pas le réflexe d'aller chercher de l'aide et se méfient des services sociaux. Les familles plus aisées craignent quant à elles d'être identifiées comme de mauvais parents», constate le Dr Julien.
Les questionnements posés par ces enfants qui dérangent contribuent à faire avancer la réflexion sur l'être humain et sur ce qui permet de le devenir pleinement, estime le Dr Julien, qui croit beaucoup dans la valorisation de l'imaginaire pour développer le potentiel des enfants, particulièrement en milieu défavorisé.

«La culture est fondamentale. Cela permet de les mettre au même pied que les autres pour leur développement futur». Il y a trois ans, il participait à la création des Petits Bonheurs, un festival de théâtre destiné aux petits de 0 à 12 ans qui se déroule dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Durant cet événement, qui se déroulait au début du mois, des enfants d'AED ont monté une pièce de Tchékov avec le réalisateur et comédien André Mélançon. Les auteurs Dany Laferrière et Marie Laberge sont venus lire des contes dans la cour de l'organisme. Cette contribution du monde artistique au développement des enfants remet une certaine part d'équité, estime le Dr Julien, dans un milieu où les jeunes sont moins exposés à la culture.
Changer le système
L'approche du Dr Julien bouleverse bien des théories et des manières de faire. Lui aussi, à l'exemple des enfants qu'il côtoie, dérange souvent les institutions par ses pratiques qui privilégient le maintien de l'enfant dans son milieu et le rassemblement de toutes les forces de la communauté autour du jeune.
Il n'est déjà plus seul prophète en son pays. Chaque année, une vingtaine de résidents des facultés de médecine effectuent un stage obligatoire en pédiatrie sociale dans un de ses deux points de service. Le ministère de la Santé réfléchit d'ailleurs à la mise sur pied d'un statut spécial pour les médecins qui font de la pédiatrie sociale. Ces médecins seraient rémunérés à forfait et non plus à l'acte, et des dérogations leur seraient accordées pour exercer dans les quartiers défavorisés, les permis étant strictement contingentés à Montréal.

Le Dr Julien travaille également à convaincre les services sociaux d'aménager la loi sur la protection de la jeunesse, notamment en permettant la mise en place de familles d'accueil temporaires dans les quartiers. «Le jeune pourrait fréquenter la famille d'accueil les jours d'école et retourner avec ses parents la fin de semaine. Cela éviterait de le couper de son milieu», considère le pédiatre. Il souhaite également que l'on revoie la loi sur l'adoption afin de permettre l'adoption mixte et de préserver ainsi le lien entre l'enfant et ses parents naturels, quoi qu'il arrive.
Vivre avec un enfant qui dérange, Dr Gilles Julien, Bayard Canada, 176 pages; 18,95 $

Une version plus longue de cet article est disponible sur notre site internet.

(Photo: Régent Gosselin)

Vos commentaires

Nom complet:
(requis)


Adresse courriel:


Vos commentaires :
(requis)


Svp inscrire le mot affiché ci-dessus Impossible de lire le mot?

Svp inscrire le mot affiché ci-dessus:


Chez nos voisins


La question du net

  • Avez-vous l'intention de voter aux élections fédérales?
  • Oui
  • Non