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Sur le réel

(Photo: archives) (Photo: archives)

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Publié le 2 Octobre 2012
Montréal Express
Publié le 2 Octobre 2012

Une chronique de Michel Vézina

Sujets :
Wilson , Librairie Arthème Fayard , Pitou , Patrick Straram , Montréal

Alors, même si l’art n’est pas pour nous – parce que divin – nous en avons quand même besoin en contrepoids à l’absurdité factuelle du monde.- Alain Ulysse Tremblay, in La vielle à Pitou (Tête première, à paraître, février 2013)

J’aime cette citation. Vous ne pouvez pas encore la trouver ni la placer dans son contexte, mais ça viendra : j’ai quelques privilèges qui me permettent d’avoir accès à des romans qui ne sont pas encore parus…

Nous vivons une époque/rupture entre le vrai et le faux, le réel et l’inventé, le beau et le laid. Plusieurs de nos contemporains engoncés dans l’absurdité factuelle du monde en profitent pour nous faire avaler leurs faits divers à peine divertissants pour de l’art.

Il faut rompre avec la banalité des rapports que nous imposent les commentateurs spectaculaires de ce monde en décrépitude. Il nous faut absolument apprendre à rêver mieux. C’est une question de survie.

Et pour cela, arrêter de les écouter.

Nous naissons pour un jour mourir : de grâce, essayons de rendre ce monde – le seul que nous connaître jamais – vivable, agréable, festif et exalté.

 

Sur le détournement

Tout le matériel publié par l’I.S. [Internationale Situationiste] est déjà, en principe, utilisable par tout le monde même sans référence, sans préoccupation de propriété littéraire. Mais à plus forte raison par toi. Tu peux en faire tous les détournements qui te paraitraient utiles. Guy Debord à Patrick Straram (Bison Ravi), in Guy Debord, correspondance volume 1 (Librairie Arthème Fayard).

Je n’ai pas connu Patrick Straram mais j’aurais bien voulu.

Je suis arrivé à Montréal en 1979. Le Bison Ravi y vivait, y buvait, y fumait son cigare, y réfléchissait et y dérangeait. Je me souviens l’avoir croisé, à la brasserie Wilson sur Laurier, alors que ce secteur de l’avenue du Parc était encore un des centres névralgiques d’une activité contre culturelle grouillante.

De la Skala au Pit en passant par la Wilson, le blanc-bec déjà chauve que j’étais découvrait un monde hors de tout doute euphorique.

J’écoutais aux tables et n’osait jamais trop me mêler aux conversations. Je découvrais les prémisses de ce qui allait constituer chez moi l’amorce d’une vision du monde où la fête, le banquet et l’exaltation deviendraient vite le crédo de ma vie.

Je n’ai pas connu Straram mais il m’impressionnait. Je savais qu’il appartenait à une bande, un groupe dont l’existence m’était aussi obscure que les implications de la pensée qui la nourrissait. Ce n’est que des années plus tard, après la mort du Bison Ravi, que j’ai commencé à entendre parler de Debord et des situationnistes.

Détourner. Détourner les sens et leur attribuer une nouvelle signification. S’amuser jusqu’au plus profond de la triste absurdité du monde.

Il y avait, dans ce regard sur le réel et dans la manière qu’on avait de le chahuter et de le bousculer, un appel que j’ai entendu.

Quand avons-nous donc décidé de faire de notre monde ce modèle de conformisme, ce paradis du raccourcis intellectuel, ce haut lieu de la démagogie, ce paradis du tout-et-n’importe-quoi-even-the-kitchen-sink?

J’ai eu espoir, l’hiver dernier, qu’enfin nous empruntions une piste plus souriante, un sentier plus animé, un chemin presque prometteur d’orgies à venir.

J’imagine que je me suis trompé : l’automne est encore plus morose et triste que l’hiver d’avant la révolte.

Et maintenant nos riches pleurnichent.

Je gagne beaucoup moins que 130,000$ par an et je paie quand même beaucoup d’impôts. Je travaille une soixantaine d’heures par semaine et, oui, ça m’irrite la petite peau de signer des chèques de quelques milliers de dollars au mois d’avril.

Ça représente au moins un voyage que je ne ferai pas. Une centaine de bouteilles de rhum que je ne boirai pas. Un banquet que je n’offrirai pas à mes amis.

Le pire, c’est que cette mesure fiscale touchera à peine 5% de la population et que 50% s’en indigne.

45% d’entre nous, donc, qui ne veulent pas d’une mesure fiscale qui non seulement ne les touche pas, mais ne les touchera jamais autrement qu’en allégeant leur propre fardeau fiscal.

Quel troupeau bien huilé et bien dressé ne sommes nous pas…

Nos maîtres – comme dans oui, maître! à genoux!doivent être fiers de nous…

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