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Chronique d’une fin de voyage annoncée

(Photo:Eric Carrière)

(Photo:Eric Carrière)

Publié le 3 Juillet 2012
Montréal Express
Publié le 3 Juillet 2012

Toulouse : j’arrive au bout de ce sublime voyage, de cette mise à jour amicale et professionnelle. Six semaines d’ailleurs, six semaines de retour sur soi : j’aime partir pour aimer revenir, mes allées et venues n’entament jamais mon désir de l’autre, ma volonté de l’ailleurs comme mon bonheur de l’ici.

Sujets :
Théâtre Sorano de Toulouse , Toulouse , Montréal , France

Souvenez-vous, l’automne dernier, je vous ai parlé de ce spectacle intitulé Littérature et politique que nous avions créé, Vander, DJ Stanbul, Benjamin Porcedda, François Vidal et moi, dans le cadre du Festival international de la littérature (http://www.montrealexpress.ca/Chroniqueurs/Michel-Vezina---Sortie-de-secours/2011-09-27/article-2761406/Les-ecrivains/1).

Dans la salle, ce soir-là, il y avait une des programmatrices du Marathon des mots de Toulouse. Elle avait assez aimé notre prestation pour nous programmer. C’était samedi dernier, au Théâtre Sorano de Toulouse.

Version plus courte que celle de Montréal : cinquante petites minutes de textes politiques, de poésies et de proses tournées vers l’ailleurs, vers le « nous », vers le « vivre ensemble », vers une certaine idée de la résistance. De Sankara à Jacques Roumain en passant par Antoine Volodine ou Aimé Césaire – pour ne nommer que ceux-là –, jusqu’à nos propres mots, nous avons touillé notre sauce aux oreilles et aux yeux de ceux qui s’étaient déplacés pour goûter nos espoirs, pour s’animer les cœurs de nos rêves d’égalitarisme, de liberté et oui, d’anarchie.

Sans vouloir taper sur le bon vieux clou de l’ignorance et de son pendant, la démagogie, on sait ici, que l’anarchie ne rime pas nécessairement avec bombes ou attentats. On le sait parce que, historiquement, la pluralité des options politiques est débattue, discutée, précisée.

On sait aussi que la pensée peut au moins faire en sorte qu’une résistance puisse s’organiser, se matérialiser.

Merci, donc, à Michelle Corbeil, du Festival international de la littérature, d’avoir pu faire que ce spectacle se crée, en septembre dernier. Merci aussi d’avoir fait en sorte que nous puissions nous rendre à Toulouse et le rejouer.

Tenez, je vous en offre un petit bout, de ce spectacle, avec un extrait d’un texte d’Antoine Volodine, Les anges mineurs : « […] je suis devant cela, en terrain découvert, exposée aux insultes et criminalisée à cause de mon discours, nous sommes en face de cela qui devrait donner naissance à une tempête généralisée, à un mouvement jusqu'au-boutiste et impitoyable, dix décennies au moins de réorganisation impitoyable et de reconstruction selon nos règles, loin de toutes les logiques religieuses ou financières des riches et en dehors de leurs philosophies politiques et sans prendre garde aux clameurs de leurs ultimes chiens de garde, nous sommes devant cela depuis des centaines d'années, et nous n'avons toujours pas compris comment faire pour que l'idée de l'insurrection égalitaire visite en même temps, à la même date, les milliards de pauvres qu'elle n'a pas visités encore, et pour qu'elle s'y enracine et pour qu'enfin elle fleurisse. Trouvons donc comment faire, et faisons-le. »

Paris, fin

Images plein la tête, ventre repu des meilleurs plats, des meilleurs vins, de la meilleure absinthe suisse. Kilomètres et kilomètres de France, un tour de Gaule doux comme du beurre demi-sel sur une baguette encore chaude.

Je ne ramène rien, j’ai tout consommé. J’ai la tête pleine d’images et de sons, le ventre rempli de saveurs, l’esprit léger d’avoir revu tous ces amis. Je reviens, prêt pour l’été québécois, cet été où nous devrons faire comprendre, ceux pour qui l’idée d’un monde meilleur est encore imaginable, que ce monde, chez nous, ne pourra jamais se faire avec ceux qui veulent nous diriger.

La politique ne peut plus rien faire pour nous. C’est la question DU politique qu’il faut soulever, la question de la place du citoyen dans le processus de prises de décisions le concernant.

Il faut comprendre, partout, que ce ne sont plus les gouvernements qui décident de rien, nulle part.

Ce sont les corporations.

Elles sont partout.

Vacances

Je prends quelques semaines de pause, question de me déposer la tête un peu.

On se retrouve bientôt.

Je vous aime.

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