«Nous voulons garantir un sentiment de sécurité aux piétons et réduire les nuisances associées au trafic véhiculaire dans chaque coin du Plateau», a déclaré d'emblée la mairesse Helen Fotopulos. «Il y a quarante ans, on a demandé aux villes de s'adapter à l'automobile. Aujourd'hui, on renverse la vapeur», de renchérir Michel Labrecque, conseiller responsable du Plan de déplacement urbain (PDU) du Plateau-Mont-Royal.
Premier geste: dresser un état des lieux. Au cours des deux dernières années, l'arrondissement a rassemblé de nombreuses données de diverses origines pour produire un instantané des déplacements sur le territoire. Le portrait se base sur des études existantes, comme l'enquête Origine Destination, mais aussi sur des comptages et analyses particulières commandées à diverses organisations.
Si on n'apprend rien de révolutionnaire, les chiffres viennent toutefois confirmer certaines impressions largement répandues. Quand on dit que le Plateau bouge, ce n'est pas une figure de style: Plus d'un million de déplacements, tous modes de transport confondus, s'y font chaque jour. Plus de la moitié sont le fait d'automobilistes en transit et 436 000 sont des déplacements internes.
Quand les résidants du Plateau se déplacent, 36 % d'entre eux le font en automobile. Dans l'ensemble, ils ont des habitudes plus écologiques que les autres Montréalais. Ils utilisent deux fois plus l'autobus et trois fois plus la marche et le vélo. Cause ou effet? On possède moins d'autos sur le Plateau, avec 0,63 voiture par foyer contre 0,91 dans l'ensemble de la région montréalaise.
La circulation de transit est souvent tenue comme une des principales nuisances à la qualité de vie sur le Plateau. Or, les études démontrent que les «450», les banlieusards souvent pointés du doigt, ne sont pas responsables de tous les maux. Chaque jour, on compte près de 90 000 déplacements de moins d'un kilomètre en automobile à l'intérieur même du territoire, pour faire des courses, conduire un enfant à la clinique ou accompagner un parent âgé à un rendez-vous.
Au chapitre des transports collectifs, les résidants du Plateau font bonne figure. Ils sont 26 % à utiliser le transport en commun et sont les plus nombreux à utiliser l'auto-partage avec 2800 abonnés, un chiffre qui progresse de 25 % chaque année.
La foire aux idéesLe portrait diagnostic dessine aussi quelques pistes d'action. Pour rendre les déplacements des piétons plus agréables et plus sécuritaires, on mise notamment sur la technologie avec l'ajout de décomptes numériques aux feux de circulation. On veut également élargir des trottoirs et verdir des espaces publics. Les cyclistes quant à eux profiteront de nouvelles voies pour vélos et d'espaces supplémentaires pour accrocher leurs vélos.
Du côté des automobilistes, on réaménagera le système des vignettes de stationnement réservé sur rues pour favoriser les résidants au détriment des conducteurs de passage. On reverra aussi à la baisse dès le mois prochain le nombre de passage des balais mécaniques afin de limiter le déplacement inutile des autos.
Changement de cultureTous ces aménagements ne se feront pas en un jour, a précisé la mairesse. Ils devront aussi tenir compte des grands projets routiers qui se concoctent du côté de la Ville de Montréal et du ministère des Transports, notamment le train de l'Est, qui risque d'avoir des impacts sur le service déjà saturé de transport en commun, et le réaménagement de la rue Notre-Dame, qui déversera un flot supplémentaire d'automobilistes sur le centre-ville.
Le portrait diagnostic présenté le 27 février met la table pour le plan d'action qui sera dévoilé le 21 mai pour être soumis à une consultation en bonne et due forme par la Commission de la sécurité urbaine et de la circulation. Entre-temps, Vélo-Québec, le Conseil de l'environnement de Montréal et le Centre d'écologie urbaine organiseront des soirées d'information pour les citoyens. La commission devrait déposer son rapport de consultation en septembre prochain pour une adoption du PDU prévue en décembre.
Est-ce que toutes les bonnes idées qui ressortiront des débats seront mises en application ? «Nous sommes rendus là, affirme la mairesse Fotopulos. Nous avons déjà fait du chemin au cours des dernières années. Il y a eu un véritable changement de culture dans nos équipes. Nous sommes prêts à faire sortir les bonnes idées et à inventer des choses qui n'existent pas.»


