« Ç’a été une grande année. Ç’a été extraordinaire, on ne s’attendait pas à ça. Je pensais que ce serait beaucoup plus laborieux. On se demandait si la technique, les spots, la scène, les vis et les écrous allaient suivre ! Habituellement, il y a toujours quelque chose, un tuyau qui pète… Bien sûr, il y a eu des ajustements à faire, notamment en ce qui a trait à la climatisation et à l’insonorisation, mais ce sont de légers détails. Ç’a été au-delà de nos espérances », soutient, enthousiaste, M. Bernard.
Une autre belle surprise : les spectateurs qui avaient délaissé la Licorne durant son année d’itinérance seraient revenus « à la maison ».
« On avait perdu beaucoup d’abonnés, et c’est normal. On les a tous regagnés, même plus ! Les gens sont venus nous voir, nos salles ont été pleines, on a eu de très bons taux d’achalandage et on a même affiché complet à quelques reprises. Ce n’est pas rien. Rappelons que la Licorne peut accueillir près de 15 000 personnes de plus par année ; ça fait pas mal de monde ça », fait-il valoir.
Attirer le spectateur anglophone
Lors de sa réouverture, la Licorne a fait le pari d’attirer un public anglophone. Pour ce faire, certaines représentations ont été offertes avec des surtitres en anglais. Le théâtre a décidé de répéter cette initiative.
« On le reprend cette année, mais on travaille toujours à améliorer la formule. Il y a environ trois ou quatre représentations avec des surtitres pour des spectacles ciblés. Ce ne sont pas toutes les compagnies théâtrales qui adhèrent, mais avec les pièces de la Manufacture, on le fait.
« À ce jour, on a eu qu’une plainte. Une personne nous a contactés pour nous dire : "On est au Québec icitte, c’est en français que ça se passe". Je trouve qu’il s’agit d’une attitude bornée. La majorité des gens semble avoir accepté cette rencontre avec la communauté anglophone. Il faut laisser le temps à l’idée de vivre et de respirer. Les surtitres ne sont jamais in your face. On essaie de garder ça très discret », soutient m. Bernard.
Il affirme que le public anglophone a répondu à l’invitation. Toutefois, sa présence aux différents spectacles n’a pas été comptabilisée de façon formelle, ce que souhaite faire le théâtre cette saison-ci. Les efforts de sollicitation, à travers des partenariats avec des théâtres anglophones, seront aussi multipliés pour rejoindre cette clientèle.
La relève a toujours sa place
Une autre fierté pour le directeur artistique : le théâtre est toujours accessible aux artistes de la relève, estime-t-il.
« Avant, on pouvait louer la Petite Licorne pour 100 piastres à une compagnie. Ça permettait à des jeunes sans le sou de venir se produire ici. Avec le projet de reconstruction, on souhaitait éviter un embourgeoisement du théâtre. On a tout organisé pour être capable de conserver à peu près les mêmes tarifs pour les petites compagnies. C’était très important que la Petite Licorne puisse les accueillir. Les artistes ont tous besoin d’une première tribune et il y a des choses extraordinaires qui en ressortent : il y a une effervescence, une spontanéité et une certaine imperfection. De côtoyer cette jeunesse-là, fait en sorte que chaque soir, je me couche un peu moins con », défend-il.

