Dans cette traduction de la pièce Moments, de l'auteure irlandaise Deirdre Kinahan, la comédienne Christine Beaulieu incarne le personnage de Ruth.
Récemment mariée à Nial, Ruth rencontre enfin sa nouvelle belle-famille. Les retrouvailles entre le jeune homme et ses proches sont lourdes de sens.
« Cette famille-là a vécu un événement très tragique, que je ne peux pas dévoiler pour ne pas brûler le punch. Le fils, qui est à l'origine du drame, revient auprès des siens après des années d'absence, motivé par sa nouvelle épouse, Ruth. Sans elle, je ne crois pas que Nial serait revenu à la maison pour les confronter. Elle est très résiliente, naïve et profondément amoureuse », explique la comédienne, en parlant de son personnage.
Le jeune couple qui respire « le bonheur, le cul et la réussite », de dire la résidente du Plateau, débarque dans une famille brisée qui n'est pas arrivée à surmonter cette épreuve.
La comédienne y voit un parallèle avec l'histoire de Bertrand Cantat, ce chanteur accusé du meurtre de Marie Trintignant et à qui, le public québécois, a interdit de fouler les planches du théâtre du Nouveau Monde (TNM) en 2011. Rappelons que l'annonce de la venue du chanteur du groupe Noir Désir avait causé un tollé, poussant la direction du TNM à retirer la pièce.
«À quel point peut-on lui pardonner? On a refusé d'aller l'applaudir sur scène. Qu'est-ce que ça veut dire? Qu'il n'existe pas de rédemption totale? Que même s'il a purgé sa peine, ce n'est pas assez? Que cette personne-là n'a plus le droit au bonheur? Dans la pièce, il n'est pas question de l'histoire de Bertrand Cantat, mais c'est un peu du même ordre », fait-elle valoir.
Ce qui est intéressant, selon la comédienne, c'est de voir comment chacun arrive à s'en sortir. Dans la pièce, les personnages réagissent différemment au retour de l'enfant prodigue. Toutefois, c'est le Niam, la sœur de Nial, qui proteste le plus.
« J'aime beaucoup la confrontation entre Ruth et Niam – rôle tenu par Émilie Bibeau. Ruth représente la capacité d'être heureuse, de pardonner, d'aimer et d'être aimée. Elle est lumineuse, tandis que Niam est complètement fermée. Les deux femmes sont vraiment en confrontation. Peut-être que si mon personnage n'avait pas été là, le retour de Nial aurait été moins conflictuel.»
Famille dysfonctionnelle
Si la pièce tourne autour du pardon, le thème de la famille y est également très présent. C'est ce qui donne un caractère universel à cette œuvre, à laquelle le public pourra s'identifier, estime Mme Beaulieu.
« On vit tous, dans nos familles respectives, des blessures, à différents degrés. C'est très dur, la famille. Malgré les années qui passent, on dirait qu'on occupe toujours la même position au sein de celle-ci. Ça évolue, mais ça ne change pas beaucoup », fait valoir celle qui était aussi de la distribution de Grains, également à la Licorne.
La pièce Ce moment-là est présentée à la grande salle du théâtre La Licorne (4559, avenue Papineau), jusqu'au 10 novembre. Pour en savoir plus, on consulte le www.theatrelalicorne.com.

