Michèle Lemieux ouvrira les Rendez-vous du cinéma québécois

Philippe
Philippe Beauchemin
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Son film d’animation utilise 240 000 épingles

Ce n'est pas le film Bestiaire de Denis Côté qui ouvrira les Rendez-vous du cinéma québécois, le 15 février. C'est plutôt le court-métrage d'animation tout en épingle de Michèle Lemieux, au titre de Le grand ailleurs et le petit ici.

La cinéaste Michèle Lemieux a utilisé l’écran d’épingles pour animer son court-métrage « Le grand ailleurs et le petit ici », présenté en grande première aux Rendez-vous du cinéma québécois ce 15 février.

240 000; Voilà le nombre d’épingles encadrées dans cet outil d’animation qui porte le nom, à juste titre, d’écran d’épingles. Inventé en 1930 par Alexandre Alexeïeff, il a permis à celui-ci de faire sa marque dans le cinéma d’animation des années 1940. En 1973, l’Office national du film (ONF) du Canada fait l’acquisition auprès du cinéaste d’un écran d’épingles. Aujourd’hui, il est le seul au monde encore opérationnel et voilà que c’est la résidente du Plateau Mont-Royal, Michèle Lemieux, qui en tire les dessins émanent des ombres projetées.

Car oui, il s’agit bien d’une technique d’ombres et de lumière, comme l’explique la cinéaste. « C’est l’éclairage et l’ombre qui en découle qui font le dessin. Si j’éteins le « spot » de lumière, il n’y a plus rien. De plus, tout se passe dans le moment présent. Je fais le dessin sur l’écran d’épingles, je photographie l’ombre qu’il projette. Il n’y pas de repentir possible. C’est insolite comme outil, oui, et ça demande de la concentration… Mais c’est très stimulant. »

Mme Lemieux a appris la technique lors d’un atelier de formation donné par Jacques Drouin, en 2006, lui qui était jusque-là le « spécialiste » de l’utilisation de l’appareil. Elle sait qu’un jour, ce sera son tour de jouer au mentor avec un cinéaste plus jeune.

« C’est une technique qui ne doit pas mourir, affirme-t-elle. Comme disait Jacques Drouin, chaque artiste devrait avoir un écran d’épingles à la maison. C’est un outil de travail fabuleux. C’est comme découvrir un instrument de musique unique au monde, qui ne peut être joué que par une seule personne à la fois. Oui, c’est un sentiment fantastique de savoir l’utiliser. Et le moment venu, il faudra trouver quelqu’un pour faire la passation, pour ne pas que cette technique se perde. »

Mais d’ici là, l’écran d’épingles de l’ONF est celui de Michèle Lemieux! « Je suis attirée par des éléments de travail qui comportent un danger. Il y a un degré de risque plus grand avec l’écran d’épingles. On peut se tromper et alors, c’est foutu. Je dois dire que son utilisation est loin d’être plate et endormante. La créativité est grandement stimulée avec cet outil. Et je compte bien le réutiliser pour mon prochain projet. Je suis en quelque sorte tombée en amour avec! »

Elle a passé plus de deux ans à le côtoyer pour la conception des 14 minutes d’animation de Le grand ailleurs et le petit ici, un conte philosophique sur la place de l’homme vis-à-vis l’immensément petit et l’incroyablement grand.

Maintenant que ce projet est terminé, elle vit une période de flottement, comme elle aime dire. « Quand on termine un film, on a un sentiment étrange qui nous envahit. C’est un événement heureux, mais en même temps, c’est déchirant, c’est comme un adieu. Après deux ans de solitude, de silence et de noirceur, à penser à chacune des scènes à tourner, on retourne soudainement dans la société. C’est un choc. Je suis là présentement. C’est un genre de flottement. Mais c’est une belle étape, le flottement. Nos idées vont dans tous les sens. »

-Michèle Lemieux présente son film en ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois : www.rvcq.com.

Organisations: Office national du film, Titre de Le grand

Lieux géographiques: Canada, Plateau Mont-Royal

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  • Svetlana Alexeieff-Rockwell
    09 mars 2012 - 08:20

    Je suis tres emue de voir que l'ecran de mon pere est en fonction entre deux mains habiles! Bravo! Svetlana Alexeieff