Dans certains cégeps et dans certaines facultés du Québec, la grève étudiante dure depuis huit semaines et déchire de plus en plus vivement la population du Québec. Au sein des familles, au travail, dans la rue, même : j’ai croisé un homme avec un carré vert sur son veston l’autre jour. À la vue de mon carré rouge, il m’a fait de gros yeux et une fois derrière moi, il n’a pu s’empêcher de me traiter d’imbécile. Je me suis arrêté pour le voir accélérer le pas.
Et j’ai retenu mon « crétin » : les choses auraient pu dégénérer.
Nous avons devant nous des étudiants et des citoyens qui les appuient dans leur lutte contre la hausse des droits de scolarité, et qui demandent de plus en plus qu’on questionne toute la question de l’accès aux études supérieures. Et nous avons devant eux, d’autres étudiants, aussi, et d’autres citoyens qui conspuent les revendications des grévistes en leur disant de se taire, en leur demandant de baisser la tête, en exigeant qu’ils rentrent en classe et qu’ils deviennent de gentils petits chiots obéissants. Comme eux.
Et il y a entre les deux quelques foies jaunes qui ne savent rien dire d’autre, d’un commentaire à l’autre, qu’affirmer de plus en plus leur déconnexion totale et absolue de la réalité.
Des endettés
La semaine dernière, la ministre Beauchamp a voulu bonifier le régime de prêts en proposant d’une part une plus grande éligibilité au programme, et d’autre part un programme de remboursement des dits prêts, indexés aux revenus futurs.
Ce faisant, la ministre continue de bien servir l’idéologie conservatrice de son gouvernement (non, non, pas libérale, conservatrice : n’oublions jamais les origines de Charest, chef du Parti progressiste-conservateur de 1993 à 1998), en rendant non pas un, mais deux fiers services à ses amis les banquiers qui, non, ne paient pas d’impôts, eux.
Oui, deux services : d’abord, plus d’argent à rembourser, donc plus d’intérêts à payer, ensuite, qui dit plus longtemps pour rembourser, dit d’autant plus d’intérêts à payer.
Inacceptable
Qu’attend donc la ministre – et son cheuf, le serviteur du grand néo-libéralisme, le moutonnesque petit poodle rampant au service de la grande entreprise – pour comprendre que l’enjeu en cause ici ne concerne finalement que très peu les 1625$ d’augmentation des droits de scolarité : la question concerne non seulement l’accès à l’éducation supérieure, elle concerne la connaissance, le savoir général et leurs faillites. La question concerne l’éducation, du début jusqu’à la fin. Du primaire jusqu’aux études postdoctorales.
Je ne sais pas si vous lisez les blogues et leurs commentaires. Moi très peu, même s’il m’arrive de consulter certains blogues parce que j’y trouve des plumes ravissantes, des opinions ou des idées rafraîchissantes. Mais chaque fois que je me risque à lire les commentaires qu’on y laisse, je baisse les bras, j’abandonne devant non seulement la faiblesse générale des arguments, mais devant le crétinisme nauséeux, devant la pauvreté sordide de la langue.
Je ne réagis jamais, question que ça ne dégénère pas. Mais souvent je me demande comment des gens écrivant si mal peuvent arriver à comprendre ce qu’ils lisent.
Foglia écrivait la semaine dernière qu’il fallait se questionner sur « la formation des coiffeuses, des plombiers, des chauffeurs d'autobus […] ».
J’abonde.
Le bâton
Les étudiants ont refusé l’offre de la ministre de la Culture et de son collègue des Finances. Le combat continue.
Et tant qu’à continuer, je propose qu’on exige de questionner non seulement la question de l’éducation supérieure, mais celle de l’éducation au grand complet.
Le ministère de l’Éducation a été fondé en 1964. Ça fera 50 ans dans deux ans. Il serait grand temps de rouvrir la réflexion, de revoir le système en entier, du début jusqu’à la fin. Il est anormal qu’en 48 ans d’éducation obligatoire jusqu’à 16 ans, 48% de la population soit encore considérée analphabète.
Il y en a eu en 1995, mais le temps est venu pour de nouveaux états généraux, oui, où on entendra des points de vue discordants, des argumentaires fallacieux et idéologiques, où on exprimera des positions éminemment opposées. Et peut-être même que de tels états généraux provoqueront des affrontements houleux au sein des familles, des corps de métiers et des associations de professionnels.
Mais au moins, les vraies questions seront posées : celles qui concernent l’avenir du Québec, tant d’un point de vue politique, que social et économique.
Mais oui, je sais, je rêve.
En élevant le niveau, les démagogues ne tiendraient plus aussi facilement le haut du pavé. Trop de télés, de radios et de journaux feraient faillite. Ils ne laisseront jamais leurs chiens de garde organiser de tels états généraux…
