Il y a des choses qui se disent enfin, sur tous les tons. Des choses magnifiques qui font rêver et qui donnent envie de voir notre réalité morose se fendre, enfin, se bousculer, se réfléchir et se réinventer. Et il y tant de conneries, de faussetés, aussi, et d’imbécilités qui se pérorent que l’envie me reprend aussi de disparaître.
Vous me direz, vous qui me lisez, que ça y est, c’est reparti : Vézina sombre dans sa déprime saisonnière. Vous aurez raison.
Ça me vient de ma mère. Je pense à elle aujourd’hui, elle aurait eu 73 ans lundi.
Ma mère a été une militante, une vraie. Elle a commencé par le commencement, par refuser cette vie qui lui disait qu’une femme mariée ça ne devait pas travailler à l’extérieur de la maison; qu’elle devait élever ses enfants, faire du ménage, du lavage et nourrir ses enfants et son mari.
Ma mère a dit non et a travaillé quand même.
Il n’y avait pas de garderie à cette époque, mais nous avions une grand-mère qui nous faisait manger le midi et qui nous gardait souvent chez elle entre la fin des classes et l’heure du souper.
Quand nous avons été assez grands pour voler de nos propres ailes, ma mère est devenue syndicaliste, puis militante dans des organisations féminines locales. Parce qu’elle était dynamique, intelligente et cultivée, elle a vite été recrutée au niveau régional. À sa retraite, vers l’an 2000, elle s’est impliquée au niveau national, et ce au sein de nombreux organismes.
Ma mère était une militante. Une vraie.
Je me souviens qu’elle était souvent confrontée à l’imbécillité et à la méchanceté crasse de ses adversaires, et aussi quelquefois de certaines de ses collègues. Elle rentrait chez elle découragée, déprimée, démolie, et elle se mettait à parler du 9e rang de Saint-Charles.
C’était sa fuite mentale ce bout de rang. Un cul-de-sac où personne ne passe : la paix, la sainte crisse de paix, avec la possibilité d’un tri sélectif radical quant à qui voudrait partager sa soupe, son thé, son café, son repas et son temps.
Le lendemain, la vie continuait et elle se remettait au travail, son engagement l’emportant sur sa révolte, sur sa déception. Elle étudiait ses dossiers et repartait en croisade.
Lorsqu’il m’arrive d’en avoir marre de ce monde et des insanités qu’on y lit et y entend, l’envie de me pousser me prend, moi aussi.
Le pire, c’est que moi, je l’ai déjà, mon 9e rang de Saint-Charles.
J’y installe d’ailleurs mon kit solaire de production d’électricité le week-end prochain…
Si ça chie vraiment, je serai prêt.
Militer
Je ne suis pas un militant.
Je ne suis pas un artiste engagé non plus.
Et je n’ai rien contre ni l’un ni l’autre, au contraire.
Je me pose seulement des questions, quelquefois, quant à ce qui motive certains artistes qui se disent engagés.
À la une de La Presse, samedi dernier, sous le titre « Engagez-vous! », on pouvait voir les têtes de quelques vedettes engagées. Quand j’ai vu ça, j’ai un peu grimacé, j’ai eu comme un doute.
Je ne peux pas dire pour chacun, mais j’ai peur que leur définition de l’engagement diffère de la mienne.
Outre Dominic Champagne qui va dans les assemblées locales, qui participe à des soirées d’information dans des sous-sols de centres communautaires les mercredis soirs, qui milite réellement au sein de vraies associations, je me demande en quoi se matérialise l’engagement des artistes qui appuient une cause ou l’autre.
Il y a une différence entre engagement et appui.
Je ne suis pas un écrivain engagé. Je ne suis pas un militant, mais je suis un citoyen à qui il arrive d’appuyer des causes.
Méchante différence.
Des artistes engagés? Richard Desjardins : il a participé à la fondation d’une association qui protège les forêts vierges du nord. Il milite, pour vrai. Roy Dupuis : depuis des années, Roy a fait des rivières sa cause. Il a appris, il connaît ses dossiers, il s’engage, pas juste pour montrer sa bette sur les photos, mais au jour le jour, dans une action constante.
Il y en a d’autres, c’est sûr, des artistes qui s’impliquent pour vrai, mais je me pose souvent la question quand j’en entends certains se dire engagés.
Je connais des militants, des vrais, qui passent leurs soirées à distribuer de l’information, à étudier leurs dossiers, à réfléchir, à participer à des réunions, à s’obstiner, à sensibiliser au corps à corps, à distribuer de l’info au porte à porte, à chercher des appuis, tiens, des visages connus qui faciliteront la circulation de leur message.
Artistes engagés, vous faites quoi le mercredi soir, dites, quand les caméras ne sont pas là pour vous croquer le portrait?
